Ultra-Trail Mont Blanc 2009
10 mois que j’attends ce moment ! TOUS les jours j’essais d’imaginer ce que sera l’Ultra-Trail du Mont Blanc. Et là c’est tout proche, départ le mercredi pour St Gervais, 8h de route plus tard je suis à la montagne accompagné d’un amis coureur de la CCC et d’un randonneur futur bénévole. Dès le jeudi matin, on peut sentir la ferveur qui règne autour de Chamonix, demain aura lieu le départ de la 7ème édition de l’UTMB. Quelques emplettes, Perrier et photos plus tard il est temps de retirer les dossards, le 2337 qui me collera au ventre pour 37h… Déjà on sent la qualité de l’organisation.
Je redoute la nuit avant le départ, et comme d’habitude je dors mal, excité par la course et pris de peur de mal faire. Vendredi c’est farniente, repas et départ pour Chamonix.
L’ambiance dans la station de montagne me parait extraordinaire, musiques, photographes, TV internationales, coureurs, accompagnateurs sont là, prêts pour le départ du « sommet mondial de la course à pieds ». 1h30 avant le départ je suis sur la ligne de départ, en retrait bien sur ! La pression monte, j’ai envie de démarrer. Par contre je suis inquiet de ne pas voir Kilian Jornet en première ligne… Il doit rester en retrait pour mieux se préparer.
18h30 est là, on démarre en marchant, en se préparant pour un paquet d’heures de course. Je croise un ami, armé de son appareil photos qui lui ne doit pas voir mes yeux rougis par l’émotion. La course a démarré, je suis dans le bon train ! Passage à St Gervais en 2h50 (774ème), un monde de dingue pour nous accueillir et nous encourager. La nuit commence à tomber, le froid avec. Il est l’heure de sortir les bâtons et la frontale pour rejoindre les Contamines.
La montée se passe bien, mais je redoute la nuit. Je sens qu’il va faire bien froid et ce sera la première nuit que je passerai à courir intégralement (et pas la dernière du weekend …) Passage aux Contamines en 4h22 à la 652ème place sans même m’en apercevoir, tellement je vais vite ;-)
Direction La Balme, belle montée dans laquelle je relance régulièrement. Ensuite on monte à la Croix du Bonhomme, dure montée dans laquelle je prends souvent la tête d’un gruppetto de quelques coureurs. Les choses se gâtent au fur et à mesure de la montée, alternance de passages dans la purée de pois et d’autres plus clairs. Le froid se fait mordant, je décide de mettre ma veste coupe vent. J’ai un peu sous estimé la température qu’il peut faire à 2600m, je serai plus prévoyant la seconde nuit ! Le balisage est excellent dans la montée, au sommet mais un petit peu moins visible dans la descente. A plusieurs reprises j’emmène mon petit groupe dans la mauvaise direction mais on retombe toujours très rapidement sur le bon chemin ! Rien de grave et ça me force à rester attentif à mes pas ! Passage au refuge de la Croix du Bonhomme en 7h23 à la 534ème place. Là il caille vraiment ! Et merci beaucoup aux bénévoles qui doivent vraiment en baver.
Grosse descente sur les Chapieux en 50 minutes, pour mieux remonter au Col de La Seigne. Col que je rallie après 10h28 de course. Là encore les bénévoles doivent se couvrir ! Petite portion plate au petit matin sur laquelle j’ai du mal à relancer. Ca remonte rapido vers l’arrête du Mont Favre puis on va descendre un bon moment vers Courmayeur, en passant le Col Chécrouit. La dernière descente sur Courmayeur, parait-il nouvelle me désintègre complètement les jambes, vivement Courmayeur !
Courmayeur en 13h40, un peu en retard sur mon plan en 35h. Mais je prends mon temps pour me changer des pieds à la tête, je ne garde que ma casquette Ufo toute neuve mais déjà si sale et mouillée… Je croise RunStephane qui a lui aussi l’air en forme. Je mange quelques pates et repars pour une journée qui commence bien, je me sens comme neuf, pour le moment. Pour ressortir de Courmayeur c’est un peu la foire, sur la route, les trottoirs, au milieu des ronds points, beaucoup de route ! Mais il fait beau et bientôt je vais remonter pour avoir une superbe vue sur les montagnes du refuge Bertone.
Direction le refuge Bonatti d’où je crois apercevoir les Grandes Jorasses ?!? Là c’est vraiment agréable, les jambes répondent bien, le chemin en balcon permet de vraiment profiter du paysage. Descente sur Arnuva après 17h48 à la 372ème place, c’est vraiment la fête et ça fait plaisir de manger un morceau en compagnie de personnes très agréables avant de s’attaquer à une belle très belle montée ! Hop je ne traine pas trop et m’attaque au Grand Col Ferret. Je fais une petite pause téléphone au milieu et surtout pour mettre ma veste sans manches, j’ai comme l’impression que ça va cailler là-haut ! Lorsque je bascule sur la descente vers La Fouly je me sens fatigué, j’en profiterai pour faire une petite sieste au soleil, que je ne cesse de rallonger. Il faut quand même que je songe à descendre un jour, après 20 minutes de sieste je me lève et bizarrement j’ai les jambes très très raides ! Je rejoins difficilement La Fouly après 21h35 de course à la 440ème place, j’ai bien perdu en dormant mais ça va payer. Je pense à Kilian qui s’il n’est pas arrivé va bientôt le faire. J’ai comme qui dirait un peu de retard !
De La Fouly à Champex, je me sens pousser des ailes. Je discute un moment avec un coureur, principalement du fait que 3 des favoris aient abandonné. Nous sommes tous deux partagés entre l’idée qu’ils ne peuvent pas se « cramer » en terminant loin au classement et celle de l’image qu’ils donnent en abandonnant si rapidement. Je prends le large en pansant pouvoir attraper les 34h, les jambes sont très en forme et je me sens trop bien, ça ne va pas durer ! Jusqu’à Champex, après un jour de course je pointe à la 361ème place tout va toujours bien. Après ça se gatte, mais je rencontre un coureur avec lequel je vais terminer, Fréderic. On conserve un bon rythme dans la montée de Bovine, qui parait il est sympa à faire de jour. Effectivement je suis plutôt content de la faire avant la nuit, ça commence à être dur de lever les jambes et de rester concentré sur les pierres. La descente par contre ce sera dans le noir, c’est bien mais on commence à ne plus avancer ! On compte maintenant les difficultés qui nous séparent de l’arrivée. 3 grimpettes et 3 descentes… C’est dur, on attend avec impatience le prochain ravito qui parait loin. Il me manque vraiment du jus dans les jambes pour terminer en courant. Je fais une sieste de 10 minutes au ravito, je commence à avoir les yeux qui se ferment en courant. En partant de Vallorcine (31h21 et 320ème) je crois n’en avoir que pour 3 ou 4 heures. Le Col des Montets passé, on attaque la der des ders, la Tête aux Vents. Mais quel morceau ! En regardant le sommet, les frontales scintillent très, très haut. On entame la montée, on se fait dépasser sans pouvoir rien y faire. Au sommet (35h45 et 361ème place) j’ai comme des hallucinations, mon pote randonneur doit être dans le coin, toutes les 2 minutes j’ai l’impression de le voir replier sa tente un peu plus loin. Ce n’est jamais lui, ça n’est qu’un coureur. J’arrive au dernier ravitaillement ou je croise ce fameux pote qui s’est improvisé bénévole (activité qu’il reconduira, tellement il a apprécié l’ambiance !)
Il est temps de basculer dans la dernière descente, le soleil se lève sur le massif du Mont Blanc, on vient d’en faire le tour mais je ne peux descendre qu’en marchant… Les coureurs me passent, je boucle la boucle en 37h40 minutes à la 390ème place.
L’arrivée est un réel bonheur, mon coéquipier est attendu par ses enfants et moi par mon campeur.
Je suis un peu déçu de mon temps, il va falloir que je fasse des allés retours sur la bosse de 160m près de chez moi pour me permettre de courir jusqu’à la fin.
Encore merci à tous les bénévoles, aux organisateurs et autres coureurs, c’est quand même un week end magique !!!