Le dernier CR que j’ai mis sur ce très honorable forum, c’est celui du grand raid manikou, fin 2008. Une course bonheur, un vrai plaisir. Ce GRP au contraire est un ratage à peu près complet, avec peu de vrai plaisir. Les courses se suivent et ne ressemblent pas... C’est sans doute le charme de l’ultra, mais sur le coup on ne voit pas ça comme ça…
On peut faire commencer ça le mercredi matin précédant la course. Je sirote tranquillement mon café en attendant le train qui doit m’emmener à Toulouse puis Lannemezan et Saint-Lary (bus). Tout à coup je reçois un liquide flasque et frais sur le dessus du crâne. C’est une merde de pigeon
! Le détestable volatile a mis en plein dans le mille. La serveuse, qui a tout vu, est bidonnée de rire. Avec mon crâne à peu près dégarni et mon sourire niais, l’effet comique est garanti. Les autres consommateurs, eux, n’ont rien vu, absorbés par leurs discussions ou leurs lectures. Tant pis pour eux ! Le seul avantage, quand on est à moitié chauve, c’est que ça part plus facilement. Pourtant, en montant dans le train, je sens encore un peu la fiente. Bref, la grosse classe.
OK, me direz-vous, mais quel rapport avec la course à pied ? Eh bien voilà, ce genre de chose, ça n’arrive quand même pas tous les jours dans une existence normale. Pourtant, dans le train, je me rappelle très bien que ça m’était déjà arrivée juste avant l’UTMB 2007. C’était déjà plus improbable que dans une gare parisienne, qui regorge de pigeons. Mais je ne pouvais pas l’oublier, vu que mes deux filles s’étaient foutues de moi pendant au moins une demi-heure (vous savez, place du Mont-blanc, là où il y a juste deux trois arbres avec de l’herbe. Bon OK, ça devait pas être un pigeon mais le résultat est le même).
J’ai calculé : la probabilité de recevoir deux fois une fiente d’oiseau, à quelques heures du départ d’un ultratrail de plus de 150 km est de 1 sur 1.652.489. C’est carrément flipant un hasard pareil, vous ne trouvez pas ? Bon et qu’est qui s’est passé à l’UTMB 2007 ? J’ai abandonné. De là à y voir un mauvais présage pour ce GRP 2009…il y a un pas que mon esprit cartésien, anti boule de cristal, anti marabout, gris-gris, sorcières et autres signes du destin se refuse à franchir. Au bout de 10 heures de cogitations intenses autorisées par ce très long trajet en train, je décide que je vais faire la nique à ce pigeon : après la course, en revenant à Paris, j’irai prendre une bière dans le même café en lui mettant sous le nez mon tee-shirt de finisheur. Il va voir de quel bois je me chauffe.
Le vendredi matin, sur la ligne de départ, j’ai heureusement oublié toutes ces conneries. J’échange quelques mots avec ultrafélé, et puis c’est le départ. Les objectifs sont très simples : terminer et me faire plaisir. Je choisis de partir très lentement et en queue de peloton, pour éviter les problèmes gastriques importants que j’ai connus sur mes deux dernières courses (mercantour et via romana), et qui constituent pour moi une nouveauté, à quelques exceptions près. Malheureusement, ça ne marchera pas. La montée au col de Portet se passe sans problèmes. On sort des nuages, et ensuite, jusqu’au col de Bastanet, nous avons droit à un paysage magnifique sous le soleil. Au col de Bastanet, tout se passe bien, les jambes répondent, une descente technique se profile, et j’aime bien les descentes. Pourtant, de manière incompréhensible, et sans raison objective, les pensées négatives affluent déjà. Au refuge d’Artigues, vers 11H00, l’estomac est très flageolant, je manque de peu de tout recracher sur les bénévoles. Ça viendra quelques minutes plus tard, dans la montée du col de Sencours, pourtant abordée très prudemment. C’est le début d’un cycle infernal, je mange, je vomis, j’attends 15 mn, je réessaye, je revomis etc… Je m’aperçois qu’entre fientes d’oiseaux et rejets gastriques humains, ce compte rendu est d’une délicieuse poésie…Au ravito du col de Sencours, nouvel essai aussi peu concluant. Puis passé le col de Bonida, je me sens carrément mal, et dois m’allonger 5 mn. Je repars très peu vaillant, et l’idée d’abandonner prend forme peu après. Je suis à la ramasse et je ne pense plus qu’à rejoindre le prochain ravito. Au-delà du coup de pompe physique, je suis dévasté par l’idée que malgré un départ beaucoup moins rapide que lors de mes précédentes courses, les mêmes problèmes gastriques surviennent encore plus rapidement. Je suis obligé de m’arrêter à nouveau aux alentours du lac bleu, pour une sieste d’environ une demi-heure. Il est sans doute environ 17H00, et le froid qui commence à s’installer finit par me réveiller. Je repars. On ne vois plus rien dans les nuages pourtant ça doit être magnifique. Je ne parviens à m’alimenter que très épisodiquement, et pourtant ça va mieux. Je peux avancer correctement, et je finis par rattraper plusieurs coureurs. Pourtant ma décision est prise : je vais arrêter à Hautacam si c’est possible, ou à Villelongue après la descente. Je sais que ce n’est pas rationnel. Je suis encore largement dans les barrières horaires, qui sont larges. Je sais que je devrais descendre jusqu’à Villelongue, me reposer un bon coup, prendre le temps d’essayer de manger des pates ou une soupe, voir ce que ça donne et ne décider qu’ensuite. Je sais que l’on peut avoir un début de course difficile, et voir les choses s’inverser par la suite. Je le sais, pourtant j’arrête à Hautacam, et personne n’aurait pu me faire changer d’avis. Le mauvais temps qui s’est installé depuis un moment ne constitue même pas une excuse, car ma décision est bien antérieure. Au passage je croise une autre Ufo en la personne de Sandrine, qui elle, a le courage de continuer.
En fait, je n’aurais pas pu continuer à Villelongue car la course a été « suspendue », ou « arrêtée » à Villelongue (pas bien compris) en raison des mauvaises conditions de nuit sur le Cabaliros. Mais ça ne change pas grand-chose à ma déroute personnelle.
Après coup, j’estime que ces problèmes gastriques étaient bien réels et désagréables, mais qu’ils n’auraient pas du m’empêcher de continuer ou au moins d’essayer (même si c’est toujours plus facile à dire dans son fauteuil). Un paquet de coureurs en ont eu autant ou plus et ont terminé. C’est donc aussi largement un manque de ressources mentales qui est en cause. Quelques autres raisons en vrac.
1°) Je suis parti avec l’idée naïve de prendre avant tout du plaisir, en me disant que l’ultra, c’est avant tout du plaisir. C’est bien gentil mais un tantinet « fleur bleue » quand même. Une course pareille reste un très gros challenge, même courue très « en dedans ». Faut quand même aussi y aller avec un mental un peu guerrier. Ça parait évident pourtant je l’avais oublié.
2°) Je suis parti aussi avec l’idée que je n’avais rien à prouver à personne. C’est vrai, mais le résultat c’est qu’effectivement, je n’ai rien prouvé à personne, même pas à moi-même.
3°) Une mauvaise expérience à la via romana un mois avant m’a un peu marqué. ». Il faisait très chaud et j’étais déshydraté en fin de course, je n’arrivais plus à boire, estomac bloqué. A l’arrivée, j’étais vraiment très mal, et j’ai eu affaire pour la première fois à un staff médical. Autant le dire : j’ai eu un peu la trouille. Au GRP, j’ai eu peur plus ou moins consciemment que ça se répète et que « ça soit grave ». En fait je pouvais boire : ce n’était pas grave, j'ai trop psychoté.
Bon, il y a aussi plein d’autres raisons possibles, que j’ai cogitées pendant tout le trajet retour. Et puis redescendu à Paris, j’ai repensé à cette histoire ridicule de pigeon. Quand même, deux merdes de pigeons sur le crâne, et deux abandons, c’est pas croyable…Je suis un gars très rationnel, mais quand même… la prochaine fois, je vais essayer de faire marabouter tous ces oiseaux de malheur, on sait jamais…
Quelques photos quand même, par ici, si j’arrive à mettre le bon lien :
http://picasaweb.google.com/nferru/GRP2009#
C’est beau quand il n’y a pas de brouillard.
Un dernier mot pour dire que l’avantage des abandons, c’est que l’on mesure mieux la performance des finishers. J’étais ébahi le samedi après-midi, en voyant toutes ces arrivées alors que je sirotais ma bière. J’ai envie de féliciter tout le monde en permanence. Alors vraiment bravo à tous les ufos qui ont terminé. Cette course est vraiment énorme, les conditions étaient difficiles, vous avez fait un GROS GROS truc.



. C’est une merde de pigeon

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