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Discussion: GRP 2009

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    GRP 2009

    GRP 2009, Grand Raid Purée de Pois !


    Salut à tous,

    Me voici de retour des Pyrénées avec plein de choses à raconter, ce que je m’empresse de faire ci-dessous. Je vous souhaite une bonne lecture à tous !

    Tout d’abord, avant de commencer votre voyage littéraire, je vous propose de relire mon compte-rendu de la première édition du GRP (2008) que vous trouverez à cette adresse.

    Bon, vous revoilà. Vous avez bien lu mon précédent texte ? Hein ? Oui ? …… Menteur !!! Le petit gros là-bas, avec les jambes poilus et les lunettes je t’ai vu, t’as rien lu du tout alors magne-toi de cliquer sur CE LIEN et d’aller lire ce compte-rendu 2008 ! Feignnnnâââsse !

    Voilà, cette fois-ci, c’est fait ! Bravo ! Alors allons-y pour une nouvelle aventure, en commençant tout de suite par une anecdote qui n’a rien à voir avec de la course à pied. Rien à voir, enfin… presque !

    Mister Bean en vacances

    Imaginez Mister Bean en vacances, au deuxième étage d’un petit bâtiment. Il est sur le balcon en train de nettoyer ses chaussures à la brosse, chaussures qu’il utilisera le lendemain matin pour aller courir dans la montagne, 150 km et 9300 m de dénivelé positif.
    Mister Bean s’applique à retirer les petits cailloux et la poussière installés là depuis quelques temps lorsque soudain, pour une raison inconnue, une petite pièce en plastique incrustée dans la semelle, à l’intérieur de la chaussure, s’éjecte, vole par-dessus le balcon, rebondit sur la rambarde du balcon de l’étage inférieur et, chose impossible, retombe sur la table de jardin qui se trouve sur ce même balcon (vous me suivez, là ?)
    En écrivant les équations cinétique de ce bout de plastique, en se rend compte qu’elles n’ont pas de solution. Il est donc strictement IMPOSSIBLE que le bout de plastique retombe sur le balcon du dessous. Il doit FORCEMENT retomber tout en bas de l’immeuble, c’est à dire par terre ! Mais en utilisant une savante théorie mathématique qu’on appelle la LEM, on découvre qu’un truc pareil est en réalité tout à fait possible. Il faut pour cela :
    1.Que Mister Bean s’appelle en réalité Bonnotte, ce qui est quasiment pire que « Bean »
    2.Que les chaussures soient les Pegasus qu’il va utiliser dans quelques heures pour le GRP 2009
    3.Que le bout de plastique soit une petite pièce qui ne sert strictement à rien, mais qui, si elle n’est pas au fond de la chaussure, rend celle-ci complètement inutilisable en collant des ampoules énormes au bout de 5 km à celui qui tente de courir avec
    4.Que les voisins du dessous soient absents pour une durée indéterminée et risquent bien de ne pas rentrer avant le départ de la course
    5.Que la sympathique personne de l’accueil du lieu de vacances ne puisse pas pénétrer dans l’appartement des voisins du dessous car elle n’en a absolument pas le droit si ceux-ci n’en ont pas fait la demande !
    Bref, vous l’aurez compris : à quelques heures du départ, je suis dans le caca le plus profond car ma basket est en deux morceaux et que l’un de ceux-ci traîne sur le balcon du dessous… Carambar ! Le GRP 2009 commence très fort.
    Je trouve la solution en collant un petit mot sur la porte des voisins et en croisant les doigts très fort tout en souhaitant qu’ils rentrent chez eux ce soir, ce qu’ils feront assez tard, en fin de soirée, alors que j’étais déjà prêt à prendre le matériel d’escalade resté dans le coffre de ma voiture et poser un rappel depuis mon balcon pour récupérer mon bout de plastique avant d’aller me coucher !
    Pire que du Mister Bean….

    A propos, et pour en terminer avec cette anecdote complètement stupide mais pourtant bien réelle, sachez que la fameuse LEM n’est rien d’autre que la Loi de l’Emmerdement Maximum, à laquelle chacun d’entre nous a déjà, au moins une fois dans sa vie, été confronté !

    5 h 00 du mat, j’ai des frissons, le jour se lève…

    Non, en fait, le jour ne se lève pas encore et il n’est pas prêt de se lever. Il fait nuit noire lorsque le troupeau se met péniblement en rang derrière l’arche de départ. Nous ne sommes que 500, mais ça se bouscule, ça s’agite, ça grouille de partout et il faut jouer des coudes pour arriver à se faire une toute petite place à proximité de la ligne. On joue vraiment à « pousse-toi de là que je m’y mette ». Ce n’est pas un jeu qui me passionne et rapidement, je baisse les bras, décidant de me mettre sur le côté et d’attendre que la meute s’élance pour trouver une petite place et m’y glisser.
    Ici, nous sommes loin des Alpes et des courses auxquelles je suis habitué : très peu de visages me sont connus et j’avoue me sentir un peu seul sur cette ligne, malgré la bousculade générale.

    Soudain les haut-parleurs crachent un pet de trompette, un décompte se fait entendre et boum ! Nous voici enfin lâchés dans la nature.
    Pour une fois, j’ai décidé de partir sur un bon rythme. Après ma déconvenue de 2008 (je vous l’avais dit, il fallait lire mon CR 2008 !), je ne suis pas venu ici pour tricoter : j’ai bien l’intention de m’arracher un peu les tripes même si je sais que devant, il y a quelques avions de chasse que je ne pourrai jamais suivre.
    Rapidement, la colonne de coureurs s’étire. On attaque les 1200 m de grimpette du Col de Portet et à l’approche des pistes de ski, les rangs sont déjà bien éclaircis. Je rattrape Arnaud Guéguen, le vainqueur de 2008 et j’en profite pour le féliciter pour sa victoire sur la précédente édition : il fallait vraiment avoir un mental d’acier pour aller au bout de ces 150 km non-balisés ! Chapeau !
    Plus loin, me voici à la hauteur de Guillaume Bernard [Guitoune sur le forum UFO]. Je sais que Guillaume tient une grosse forme cette année et être là déjà avec lui et une bonne chose. Dans ma petite tête germe l’idée de rester accrocher à ses basques et d’utiliser Guillaume comme un métronome pour calibrer ma propre course.

    Franchissement du col de Portet, ravito express, bisous à ma femme et ma grande fille qui ont fait le voyage jusque-là en voiture dans un brouillard à couper au couteau et c’est reparti en direction du col de Bastanet, à 6 kilomètres de là.
    A propos de brouillard, puisqu’on en parle et bien parlons-en !
    Voilà quinze jours que je suis en vacances dans le secteur et voilà quinze jours que la canicule sévit (entre 25 et 30° tous les jours, pour un gars du haut-Doubs, ça s’appelle la canicule !).
    Et bien ce matin du vendredi 28 août, il fait un temps pourri : une barrière de nuages s’est installée à partir de 1000 m d’altitude, des nuages si denses, si compacts, qu’on a peur de se cogner la tête dedans lorsqu’on s’en approche. Le brouillard absorbe tout le rayonnement lumineux et forme un écran blanc que les frontales, en cette fin de nuit, ne parviennent pas à percer. Une purée de pois de premier choix ! D’où le titre... le titre du texte… hein z’avez vu comment je vous colle un jeu de mots en deux temps trois mouvements ! Et hop !

    Bon pendant que je cause, les coureurs ont avancé : nous voici maintenant au pied du col du Bastanet. Le balisage est extraordinaire et le road-book disait vrai : il y a presque une balise tous les 30 mètres. C’est du jamais vu sur un trail, encore moins sur un Ultra-Trail. Ce balisage aplatit tout ce que j’ai pu voir jusque-là en termes de balisage.
    Voilà une chose fantastique à côté de laquelle on ne peut pas passer : en 2009, il y avait plus de balises sur la portion Vielle-Aure – Col de Portet que sur l’intégralité de la course 2008 !
    On ne peut que s’incliner – que dis-je ? Se mettre à genoux, ramper, lécher les semelles des organisateurs qui ont su être à l’écoute des critiques formulées par les coureurs du GRP 2008 et qui ont également su corriger leurs erreurs de balisage. Messieurs, je vous l’ai dit en vrai mais je le répète ici : vous avez été magnifiques sur ce plan-là et chacun d’entre nous se doit de vous rendre hommage !

    L’idiot du village

    Bon, où en étions-nous ? Ha, oui ! Au pied du Col de Bastanet. Si je continue à digresser, on n’est pas prêt d’arriver au bout ! Surtout que… mince alors, on est perdu ! Hé oui, malgré un balisage parfait, nous voici 5 ou 6 coureurs paumés au pied du col à hésiter entre un pierrier qui monte à gauche et un autre pierrier, qui monte à droite. On cherche, on hésite toujours et encore, on monte, on redescend un peu, on remonte et Guillaume me colle un coup de pied aux fesses quand il se rend compte que j’ai le road-book et que je n’ai même pas pensé à le consulter. Au même instant arrive Olivier Romain, qui d’ailleurs terminera 3ième de la course et qui semble connaître le parcours comme sa poche. Il n’hésite pas un instant : il monte à droite en gueulant fort pour que nous le suivions tous.
    C’est quand même dingue cette histoire. Oui, c’est dingue parce qu’il faut connaître toute l’histoire : environ 30 minutes avant le passage des tous premiers dans ce secteur, Philippe Labazuy (Clierzou63 sur le forum UFO) passait ici en éclaireur et avait corrigé le balisage que l’idiot du village avait déplacé. Il y a des fois où on aimerait connaître vraiment l’idiot en question pour lui coller deux baffes et lui faire comprendre que son geste aurait pu avoir des conséquences graves.
    Je reprends donc dans l’ordre chronologique :
    1.le balisage est réalisé le mercredi avant la course
    2.l’idiot du village débalise et repose les balises de sorte que les coureurs partent dans le pierrier de gauche qui se termine par des barres rocheuses
    3.Philippe passe 30 minutes avant les premiers coureurs, découvre le faux chemin et repose donc les balises dans la bonne direction
    4.30 minutes plus tard, les coureurs arrivent et entre temps les balises ont été à nouveau déplacées par l’idiot du village, remises en direction du mauvais pierrier !!!

    Il y a quand même de quoi halluciner ! Cette petite histoire montre à quel point Einstein avait raison lorsqu’il disait ceci : « Seules deux choses sont sans limites : l’Univers et la bêtise humaine » avant d’ajouter : « et pour l’Univers, on en est même pas sûrs ! »
    Elle montre aussi que l’idiot du village était forcément planqué dans un coin qu’il avait volontairement choisi car dangereux en cas de mauvais choix d’itinéraire pour les coureurs. Et bien si vous me lisez, Môssieur l’idiot du village, je ne vous félicite pas et croyez-moi que les deux baffes citées plus haut, je vous les collerais volontiers !

    Bon, revenons à nos moutons : le Col du Bastanet est finalement franchi sans plus de difficultés que ça. Derrière, un semblant de soleil nous attend. On double quelques lacs majestueux, on cavale entre de gros blocs de granit posés en vrac comme les billes d’un jeu abandonné là par un géant, on franchit des torrents, des ruisseaux, on dévale des pentes herbeuses et glissantes, on replonge dans le brouillard et les nuages qui suintent toute leur flotte et nous voici enfin parvenus sur la route du « very famous pass : The Tourmalet », bien connu des aficionados du Tour de France pour y avoir vu transpirer les meilleurs grimpeurs de la planète vélo. Le village d’Artigues nous accueille au 30ième kilomètre, plongé dans une grisaille triste à mourir : on se croirait chez Zola !

    Soleil, Soleil !

    Je ne traîne pas : 1200 m plus haut m’attend le Col de Sencours que j’espère au soleil !
    Mais l’ascension est longue, interminable même. La brouillasse qui pisse en continu commence à pénétrer mes vêtements. Heureusement, il ne fait pas froid, il fait même bon mais toute cette grisaille est entêtante. On avance à flanc de montagne en suivant une monotrace piquetée à intervalle régulier d’une balise qui volette dans une très légère brise. C’est gris, gris et re-gris. J’entends ronronner les réacteurs d’un avion de ligne quelque part là-haut, très loin au-dessus de ma tête : lui, au moins, surplombe cette crasse qui n’en finit pas de m’aspirer.
    Enfin on aborde une partie plus raide et soudain, comme par miracle, tout devient plus clair : le soleil apparaît, jouant encore quelques instants avec les nuages. La magie de la montagne opère et nous voilà maintenant au-dessus du brouillard : une magnifique mer de nuages s’étale derrière nous, un spectacle qui, a lui seul, valait la peine de tant d’efforts.
    L’Observatoire du Pic du midi apparaît et une cabine avance lentement le long de l’immense câble qui coure d’un bout à l’autre de la vallée. Cette cabine est si haute au-dessus de ma tête qu’elle semble être un jouet dans la vitrine d’un magasin quelques jours avant Noël ! L’instant est magique. Au loin, je devine la tente du ravitaillement du Col de Sencours. Il fait soudain chaud, le soleil crache toute son énergie et mon maillot exhale toute l’humidité qu’il a absorbée les heures précédentes.
    Guillaume et moi prenons le temps de nous ravitailler. Je n’avais encore rien mangé jusque-là, mettant toujours en pratique ma théorie alimentaire selon laquelle il est important de ne manger que lorsqu’on a faim [voir mon CR de la Montagn’hard 2009]. Du coup, je mange avec plaisir, un peu de tout, noyant ces aliments dans quelques verres de coca bien frais. C’est un instant de bonheur vrai. Le temps de dire une ou deux âneries avec les bénévoles du ravito, de refaire le plein des bidons et nous voilà repartis en direction du lac d’Oncet.
    Le soleil est toujours là, le paysage est extraordinaire, la température idéale, le balisage toujours au top du top, l’herbe est verte comme dans une pub pour un camembert, ma température annale est de 37°5…bref, je nage dans le bonheur…
    Guillaume et moi poursuivons notre route de concert. On grimpe encore un ou deux cols ensemble, on dévale encore quelques pentes dans les pierriers lorsque la réalité nous rattrape de plein fouet : devant nous s’étire à nouveau une immense mer de nuages, lisse, interminable, majestueuse. Et c’est avec une petite boule dans le ventre qu’en descendant le Col de Bareilles, nous replongeons de façon irrémédiable dans la mélasse. Il est environ 11h30 du matin et s’en est terminé du soleil jusqu’à l’arrivée. Mais ça, nous ne le savons pas encore !

    Depuis quelques temps, je n’entends plus Guillaume derrière moi. Il semblerait que je l’ais un peu distancé mais il ne me fait aucun doute que bientôt, il reviendra sur moi. Puis Philippe Verdier [PhV sur le Forum UFO] est devant moi. Rattraper Philippe est un nouveau signe de ma forme du jour. Je n’ai pas l’habitude d’être avec des coureurs d’un tel niveau et je commence à croire que mon départ beaucoup plus rapide qu’habituellement était une bonne stratégie.
    A ce stade de la course, j’ai toujours les jambes faciles et une grosse envie d’aller au bout.

    Nous voici maintenant dans un passage délicat : nous descendons une sorte de barre rocheuse équipée d’un câble. Arrivé en bas, une longue dalle de granit détrempée nous barre le chemin. Je la contourne mais Philippe, un poil pressé, s’engage en sautant sur la plaque. Le résultat est sans appel : c’est la chute lourde et brutale. Il s’abîme les coudes, le dos, le coccyx mais le gaillard est solide : il se relève instantanément et ne s’arrête même pas de trottiner ! Vraiment impressionnant !

    Nous poursuivons notre chemin à longues foulées, direction Hautacam puis descente rapide sur Villelongue, première base-vie, au kilomètre 65. J’ai dû rater des épisodes parce qu’à ce point, on nous annonce respectivement 3ième et 4ième ! Mince alors ! Où sont passés les autres coureurs ? On en a doublé tant que ça depuis le Col de Portet ? Je suis vraiment très étonné de ce classement.
    Mon épouse Muriel, et mes deux filles sont là, à m’attendre. C’est un peu ma Dream Team et elles m’assistent dans mon ravitaillement comme des professionnelles : l’une refait le plein de mes bidons, l’autre me repasse une bonne couche de vaseline dans le dos pendant que la plus petite me dit en se gavant de chips : « Tu sais papa, j’ai failli vomir dans le col d’Aspin »
    C’est bien, ma fille, mais arrête déjà de manger des chips et on en reparlera après !!!!

    Mon épouse me booste et me chasse presque du ravito sous l’œil médusé de Philippe qui termine de grignoter. Je repars quelques minutes avant lui, persuadé une fois de plus qu’il me reprendra du terrain plus tard. Entre-temps est passé comme un avion Olivier Romain, qui ne s’est arrêté qu’une poignée de secondes pour prendre un verre de coca et remplir son kamel-back. Impressionnant, très impressionnant ce tout jeune garçon !

    Gris, le monde est Gris !

    Me voici parti sur le Cabaliros. La Purée de pois est de plus en plus dense. Elle forme un mur presque palpable ; si nous étions dans un dessin animé de Tex Avery, je sortirais ma lame de scie à métaux pour découper une rondelle de brouillard pour voir un peu plus loin devant moi. Quelques hectomètres avant le Turon de Bene, tout devient terriblement sinistre : de chaque côté du chemin défilent des rangées de buissons carbonisés. Un incendie a du faire rage ici il y a quelques jours car l’odeur de cendres humides est bien prégnante.
    Franchissement du Turon sous les acclamations des vaches couchées dans l’herbe machouillant quelques touffes puis attaque du sommet : c’est long, long, long. C’est long comme un jour sans pain ! Chaque minute qui s’écoule dans cette interminable pente herbeuse me laisse croire que bientôt, j’arriverai au sommet. Mais il n’en est rien : à chaque instant, une nouvelle bosse apparaît devant moi, fantomatique, émergeant d’un brouillard toujours plus dense, repoussant d’autant plus loin les limites de la montagne !
    Il pleut, tout est silencieux et mes yeux sont comme hypnotisés par la succession de balises qui se découvrent de loin en loin. J’espérais le soleil au sommet du Cabaliros mais il n’en sera rien : je suis accueilli par deux hommes du PGHM qui me glissent quelques mots d’encouragement et de sécurité pour la descente. J’enclenche le turbo et me voilà parti en direction de Cauterets. Le terrain est glissant et quelques passages semblent vertigineux mais j’ai confiance en l’accroche de mes Pegasus de route.
    Arrivée à Cauterets sous une pluie fine et pénétrante, un véritable crachin Breton. C’est amusant de retrouver un brin de civilisation après tout ce temps passé seul dans la montagne : je suis en short et T-shirt et autour de moi, ce ne sont que gros anoraks, vestes de pluie, grosses laines polaires et parapluies !
    Ma Dream Team est encore là et s’occupe de tout : l’une remplit mes bidons, l’autre me prépare une soupe de Miso pendant que la plus petite est installée à la table de ravito et mange des Tuc ! Il va falloir que je lui explique deux ou trois choses à celle-ci !
    Là non plus je ne traîne pas : mon épouse me jette une fois de plus dehors et elle a bien raison : mon gros défaut est de m’installer trop confortablement aux ravitaillements. Là, je n’ai pas le choix : Muriel range mes bidons sur le sac et me colle un coup de pied aux fesses pour me lancer dans la direction du col de Riou.
    J’avais pour objectif de franchir de jour ce col. Il est 18h45 lorsque je repars de Cauterets : pas de problème donc et je n’aurai pas à sortir ma frontale pour cette ascension.
    Je rattrape Olivier Romain (si quelqu’un pouvait juste me dire lequel est son prénom, ce serait super !!!) et nous voyagerons ensemble jusqu’à Barèges. Entre-temps, ma Dream Team m’a une fois de plus épaulé à Luz-St-sauveur où l’accueil par les bénévoles était comme partout : plus que chaleureux !

    Noir c’est Noir

    Il fait nuit noire et ma frontale est maintenant bien vissée sur la tête. J’arrive à Tournaboup alors qu’Olivier (ou Romain ?) s’en échappe. Il semble avoir mis le double turbo et mon simple turbo ne suffira jamais à le rattraper. Mes jambes tournent pourtant toujours bien même si quelques échauffements commencent à me chatouiller les talons.

    Ascensions du Col de Barèges. J’enjambe de grosses marches de granit, je slalome entre d’énormes blocs. Une fois de plus, mon regard est hypnotisé par la rubalise phosphorescente qui apparaît de loin en loin. Il pleut, il commence même à faire froid et j’enfile ma veste MP+. Tout est noir ici. La visibilité est d’environ 3 à 4 mètres et il est extrêmement difficile de savoir où poser les pieds. C’est le moment de garder la tête sur les épaules et de se concentrer sur ses pas. Je navigue à vue dans une ambiance fantomatique, stressante même. Seul le grondement des torrents accompagne mes pas. Petit à petit, un coin de doute s’insinue en moi. Il me semble que j’avance vite et pourtant, je ne monte pas en direction d’un col, c’est une évidence. Mon chemin se faufile au travers de blocs de granit mais reste désespérément plat. Mon esprit se met à gamberger : et si un nouvel idiot du village s’était amusé à baliser un mauvais sentier ? Et si j’avais emprunté sans m’en rendre compte le balisage de la course du 75 km dont je ne connais pas le parcours ?
    Je décide de faire une courte pause et faire le point pour me rassurer un peu. Je sors le road-book, relis le topo, vérifie l’altitude et compare avec mon altimètre. Mauvaise pioche : mon alti affiche 8888 m d’altitude et m’indique qu’il est 18h88. Bon, ben me voilà guère plus avancé : l’alti a pris l’eau et moi, je ne sais toujours pas si je suis au bon endroit !
    Je repars en faisant donc bêtement confiance au balisage et bien m’en prend : quelques centaines de mètres plus loin, je suis accueilli par deux personnes qui ont planté la tente au pied du col. Ouf ! Quel soulagement de les voir ici. Je ne suis donc pas perdu et me voilà rassuré.

    Quelques dizaines de mètres sous le col, je sors des nuages. La Grande Ourse se détache quelque part là-bas loin devant moi, Vénus brille de mille feux sur ma droite. Sans Lune, je ne peux voir la mer de nuages qui doit être extraordinaire.
    Franchissement du col, descente d’enfer sur un terrain très technique, nouvelle plongée dans la mélasse et la pluie. Mon regard est vissé aux balises qui s’illuminent de loin en loin. J’avance comme un robot dans les couloirs du métro [j’offre une cuillère en plastique à qui me donne la référence de ce texte] et bientôt, j’arrive au ravito du lac de l’Oule où je suis accueilli par un bon gros labrador dont les babines dégoulinent de bave devant les belles assiettes remplies de rondelles de saucisson. Trop dur la vie de chien !

    Dernière station avant l’autoroute

    Je ne traîne pas. Je cours d’un bon pas sur l’interminable ligne droite qui longe le lac de L’Oule dont je ne verrai strictement rien. Il fait toujours aussi noir, la purée de pois est semble-t-il de plus en plus compacte, la pluie incessante m’a déjà trempé jusqu’à la moelle, les arbres morts forment des ombres fantomatiques qui se détachent derrière l’écran grisâtre de ma frontale. En remontant le col de Portet, je croise de temps à autre un poteau de télésiège dont je ne vois même pas le sommet. A intervalle régulier apparaît un siège suspendu à son câble, se balançant doucement dans la très légère brise comme un pendu à une branche d’arbre mort. Je suis dans un roman de Stephen King ! Il faut que je me ressaisisse et reprenne pied avec la réalité ! Difficile, avec mon alti qui m’indique toujours 8888 m d’altitude à 18h88 !
    Mais enfin je distingue là-bas, au loin, tout en haut de la bosse, une forme blanche qui ne peut qu’être le chapiteau du dernier ravitaillement. C’est avec une joie immense que j’arrive enfin au col de Portet. J’ai perdu beaucoup de temps dans cette dernière ascension tout simplement parce que mon moral commençait à s’effriter. Mais là, je sais que c’est gagné. Les 11 km de descente qui me restent ne seront qu’une formalité. J’ai encore de bonnes jambes, mes quadriceps sont toujours souples et je vais pouvoir allonger le pas !
    Génial : j’entame la descente à bloc lorsqu’après une bonne dizaine de minutes, je me rends compte que j’ai emprunté le chemin de montée ! Mince alors : j’ai raté une balise car il fallait suivre le GR10 sur la gauche. Crotte de caniche, caca prout ! Me voilà obligé de remonter jusqu’à la bifurcation pour retrouver le bon chemin. Et pan ! 10 minutes dans les dents ! Je suis furax et repars de plus belle dans le brouillard et la pluie.
    Le reste n’est que du bonheur : de belles glissades sur la piste boueuse au dessus de Soulan, le croisement de 500 trailers qui partent à l’assaut du 75 km, juste au-dessus de Vignec, sur un étroit sentier.
    C’est fabuleux : chacun y va de son petit mot d’encouragement et de félicitations à mon égard. Je suis aux anges. A Vignec, je croise deux retardataires du 75 km qui se demandent bien ce que je fais à contresens. Le temps d’un petit mot d’encouragement et d’explications, chacun est reparti dans sa direction, eux sur leur parcours de course, moi vers la ligne d’arrivée à Vielle-Aure dont les lumières se découpent au bout de la longue ligne droite.
    Franchissement de la ligne, retrouvaille avec Muriel et ma grande fille qui patientent là dans le froid depuis un petit moment déjà. Ma petite fille, elle, a préféré rester dormir au chaud… va falloir qu’on s’explique un peu !!!!

    Mister Bean sur le podium

    24h35, 4ième au scratch et premier V1. Je n’aurais jamais parié sur une telle performance !
    La fête dure encore deux jours. Le samedi après-midi, nous montons en famille à Soulan voir arriver quelques coureurs dans cette descente assez difficile. Le dimanche matin, remise des prix. Les coureurs défilent sur le podium et chacun y va de son petit discours de félicitations tant aux bénévoles qu’aux organisateurs. Une organisation sans faille, exceptionnelle est soulignée par toutes et tous. Lorsqu’arrive mon tour de grimper sur le podium, j’ai moi aussi préparé un petit truc à dire oui mais voilà… le problème c’est que je suis un grand timide et l’expression orale n’a jamais été mon fort. 500 ou 600 personnes sont là devant et je me sens complètement con. On m’avait dit que courir rendait intelligent et moi, naïvement, je pensais attraper le cerveau d’Albert Einstein mais pas de bol, je n’ai fait que récupérer les pieds de Frankenstein ! (voir photo ci-dessous)

    Je suis donc là, sur l’estrade, les bras ballants à me demander si je vais oser dire un ou deux trucs et je n’arrive pas à me décider. C’est bête hein ! Mais je sais que si j’empoigne le micro, voici en gros ce que j’arriverais à dire : « super, cool, trop top, les gars ! Merci tout le monde ! C’était sympa… trop cool ! »

    Alors qu’en réalité, j’ai en tête précisément ce que j’aimerais dire mais qui ne pourra jamais franchir le bord de mes lèvres autrement que dans un borborygme vaguement articulé. Si, donc, j’étais moins con, voici ce que j’aurais dit :

    Tout d’abord, j’aurais demandé une vrai Standing Ovation pour les bénévoles et les organisateurs qui ont réalisé un sans faute pour cette deuxième épreuve : tout était parfait, de l’accueil au balisage en passant par les ravitaillements… parfait, absolument parfait !
    J’aurais ensuite adressé un immense merci à Muriel, mon épouse, et à mes deux filles qui ont eu le courage et la gentillesse de me suivre toute la journée et une bonne partie de la nuit du vendredi. Elles ont été pour moi une magnifique source de motivation et un grand réconfort à chacune de leur rencontre alors que la pluie et le froid m’avaient transi jusqu’au os.
    J’aurais enfin terminé par rendre hommage à un ami, Michel, du club d’escalade de mon village de Maîche, dans le Haut-Doubs, lui aussi passionné de montagne et décédé d’un arrêt cardiaque au tout début du mois d’août. J’avais décidé de lui dédier ce GRP2009…..

    Oui mais voilà, je suis un peu con et trop timide pour oser et surtout être capable de dire tout ça devant toute cette foule.
    Alors que ce soit fait ici !

    Longue vie au GRP !
    Et je me suis laissé dire que 2010 devrait voir quelques améliorations du côté du parcours avec notamment une grosse modif du côté du Col du …… non, je ne dis rien ! TOP Secret !!!!!
    Vous verrez bien !

    Eric, alias Coureursolitaires
    Images attachées
    Eric
    ____________
    Ne craignez pas d'être lent, craignez juste d'être à l'arrêt.
    Mieux vaut marcher dans la bonne direction que courir dans la mauvaise !
    A trop écouter la météo, on passe ses journées au bistrot !
    De la Vaseline partout où ça couine....

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