Pas le temps de dire ouf, à peine revenu de l’UTMB se profile un autre rendez-vous d’ultra, la Diagonale des Fous. Saison déjà bien remplie, avec 5 ultras, je m’octroie une petite coupure, dix jours, pour recharger les batteries en optimisant l’alimentation et le sommeil.
Mais la reprise me réserve une surprise, avec l’apparition d’une tendinite fascia lata gauche. Bon, faut composer avec. Soins, repos, les jours passent et je me rends compte que je ne m’en débarrasserai pas facilement.
Tant pis, je travaille la puissance en vélo, sors régulièrement deux fois par jour 40 minutes en trail très technique pour garder le pied agile tout en renforçant les fibres musculaires et en gardant des sensations de trailer. Mine de rien, j’arrive à cumuler 15 heures d’entraînement bien ciblé sur ma semaine de charge, à S-3.
Je multiplie les soins les huit derniers jours et stoppe toute activité, et, si ce petit souci écartait un temps mes pensées de mon objectif, je suis baigné dans l’ambiance à peine arrivé sur place en retrouvant le Team LAFUMA.

Une petite reco nocturne entre Dos d’Ane et Colorado permet à ceux qui ne connaissent pas le terrain, de mesurer la difficulté du sentier lorsqu’à la lecture du road book on pourrait se croire tiré d’affaire. Pour ne pas réveiller ma tendinite, j’attends le groupe à Colorado et pars une heure sur le chemin, histoire de me rafraîchir la mémoire sur le final. L’absence de balisage fait se perdre le groupe, que nous retrouvons à deux voitures dans la plaine d’Affouches. Il est tard, les coureurs n’ont plus d’eau, mais par la cohésion des membres du team, tous gardent le sourire, et nous partons à la recherche d’un cari pour remettre au plus haut niveau la bonne humeur et les stocks de glycogène.
Visite du volcan, lagon, sieste, organisation de l’assistance course, rencontres, tout est réuni pour prendre le départ sereinement.

Cette année, nous sont offerts à la remise des dossards, un débardeur et un tee-shirt techniques Lafuma. Plus adéquats que ceux en coton des précédentes éditions, dont le port est obligatoire au départ et à l’arrivée de l’épreuve, nous serons plus à l’aise.
La mauvaise météo annoncée est bien au rendez-vous, et c’est sous des averses répétées que s’écoule la dernière journée d’attente. C’est l’occasion de se reposer encore un peu. Même si je ne m’endors pas, je me détends en fermant les yeux. Un départ à minuit peut paraître délicat, mais l’excitation aidant, je suis tout frais lorsqu’à 22h30 nous nous dirigeons vers le stade de la Redoute.
L’ambiance y est à la fête, avec un spectacle donné par des jongleurs. Je m’approche de la première ligne, invité à m’y rendre par les organisateurs, échappant ainsi à l’étranglement de l’année dernière. Le temps est finalement sec, ce qui me conduit à m’équiper d’un shorty, d’un tee-shirt manches courtes plus le débardeur officiel. Sûr que j’aurai un peu chaud au début, mais juste ce qu’il faut à 2400m d’altitude. L’impatience se lit sur les visages qui m’entourent, et les derniers instants se passent en encouragements mutuels. Enfin le compte à rebours est lancé, 5,4,3,2,1, c’est parti !
Dans le goulot d’une foule hurlante, la meute s’extirpe vers la route plus large où, le calme revenu, je prends mon rythme de croisière. Frontale éteinte, guidé par un peloton s’étirant à grandes foulées, je savoure cet instant facile du Grand Raid, un des rares si non le seul.
La joie est communicative, les discussions vont bon train.
Il y a bien 50 trailers devant moi quand j’aborde la piste forestière, longue de onze kilomètres, qui monte gentiment jusqu’au sentier du volcan. Je rattrape Pascal BLANC, et nous discutons tout en doublant de temps à autre un petit groupe de coureurs.
Après une heure, ma tendinite, que j’avais oubliée jusque-là, irradie progressivement. Préparé mentalement, j’ignore cette région du corps, attendant patiemment le sentier technique, petit plaisir imminent. A présent, Jérôme CHALLIER court à nos côtés tandis que nous entrons dans le vif du sujet.
Finies les grandes enjambées, oubliée la station debout, place à l’improvisation, à la débrouillardise dans ce cahot de rochers, de racines tortueuses et glissantes. La progression à quatre pattes est parfois obligatoire ; c’est du vrai trail comme j’aime, où chaque lacet réserve une surprise.
Je transpire pas mal, espérant qu’il n’y aura pas de vent là-haut. Attraper un coup de froid déclencherait des problèmes gastriques. A mesure que nous grimpons, nous gagnons des places, et au sortir du sentier, peu de frontales brillent devant nous.
Un magnifique croissant de lune orangé s’élève sur ma droite dans un ciel pur. Etre en plein Océan indien permet sans doute de superbes observations.
Pour ma part, c’est l’observation du terrain qui m’occupe. La noirceur du sol est traître, refusant de dévoiler à ma frontale ses nombreux pièges. Ca scrontche sous les pieds comme si je courais sur des gâteaux secs, tandis que sur cette lave concassée nous nous approchons du ravito du volcan, situé au 30e km. Le chemin alterne montées et replats, sinuant dans les buissons serrés. Jérôme file, usant de sa belle foulée de marathonien (2h22 ça laisse rêveur !).
La tendinite atteint ici son paroxysme, tronquant mon déroulé gauche, m’amenant à butter régulièrement dans les cailloux, ce qui ne me ressemble pas. Aux abords du ravitaillement, je me prends même une sacrée bûche, m’ouvrant les deux mains et un avant-bras sur la pierre abrasive. Me voilà bien !
J’arrive au poste en 4h03’, 17e , soit 8’ plus tôt qu’en 2007 mais malgré tout deux places plus loin, ce qui confirme la rapidité de ce début de course.
Apparemment, Nicolas MERMOUD fait nettement cavalier seul. Bruno TOMOZIK, en bon coach, nous informe de la 8e place de Julien CHORIER, et nous encourage Pascal et moi, tandis qu’Anne, mon épouse, et Lydia de Lafuma nous passent le ravito. Le système porte bidon du sac à dos CINETIK 11 litres est très pratique et stable, c’est un plaisir.
Rechargé de ONE, ma boisson GO2, de deux bananes et d’une poignée de fruits secs, je pars en direction de l’Oratoire Ste Thérèse.
Ces encouragements et cette belle ambiance festive donnés par le public et les bénévoles m’ont redonné un petit coup de fouet, car malgré tout il est 4h du matin, et à cette heure-là, c’est plutôt en rêve qu’on arpente un volcan en courant sous un ciel étoilé, avec comme objectif de continuer encore et encore la journée durant, comme si la fatigue n’existait pas.
Mais attention à rester bien concentré, car le balisage ne brille pas dans la nuit. Il est pourtant régulièrement placé, rien à dire, si ce n’est que je ne peux donc excuser les deux tricheurs qui coupent en diagonale depuis le ravito jusque devant moi ! Il y a intérêt à connaître le secteur pour oser s’aventurer ainsi, et être exempt de tout scrupule.
Comme ils ne sont pas à leur place, j’ai tôt fait de les redoubler dans l’ascension suivante. La douleur a diminué, grâce aux endorphines libérées par l’effort, ce sur quoi je comptais. La forme est au top autrement.
La descente jusqu’à Piton Textor est très technique, ce qui me conduit à distancer Pascal. Le tracé n’est que rochers, arêtes vives, buissons ras. Pas question de foulées rasantes, mais de sauts et slaloms incessants.
Du poste où je recharge vite fait une bouteille de 50cl, commence une descente en prairie où, trop occupées à brouter dans l’aube naissante, les vaches ignorent mon passage. Je me sens bien, avec cette impression de maîtriser le sujet, si ce n’était cette tendinite…D’un autre côté, elle régule mon allure, ni trop rapide, ni trop lente. Pas d’affolement donc, juste éviter les chocs prononcés, rester souple, souple et encore souple. Le terrain l’est aussi, même gadoueux par endroits, ce qui me fait penser que Pascal ne doit plus être aussi Blanc que çà !

Je me rapproche d’une silhouette connue aux abords de la route goudronnée, et reconnais Christophe JAQUEROD. Je marche une minute avec lui, apprenant que sa tendinite au talon d’Achille lui joue encore des mauvais tours. Un an de galère et toujours pas tranquille ! Je suis vraiment désolé pour lui, et le quitte en courant cette longue portion plate.
11e au ravitaillement de Mare à Boue, j’avale une soupe et une banane, échange mes deux bouteilles vides et repars prestement, heureux de me savoir proche de Jérôme et Julien.
Pendant la nuit, j’aurai absorbé deux gels doubles GO2, profitant de la fraîcheur relative qui m’évite les soucis d’assimilation. Par la suite, c’est seulement en les noyant d’eau par petites prises que je les tolèrerai. Ceci n’est propre qu’à l’ultra et reste personnel, car sur des formats plus courts, de moins de 6h, j’accepte tout.
Le soleil tape dur et de bonne heure ici ! Serpentant vers Kerveguen, en continuelle ascension parsemée de blocs et de passages scabreux, je souffre de ne pouvoir être aérien.
Mais tant pis, je relance, même pour dix mètres, maintenant une dynamique très correcte. La végétation dense léchant la roche colorée, donne un contraste saisissant avec Mare à Boue. La diversité du paysage sur cette île est incroyable ! C’est d’autant plus vrai qu’on peut s’en rendre compte en une heure de temps à pied.
Pas moyen de me situer par rapport aux autres, car il y a rarement plus de deux cents mètres de chemin dégagé devant moi. Je me retourne parfois, me demandant si mon allure suffit à maintenir un écart de ce côté-là, et apparemment oui. 7 heures de course déjà, et je ne vais pas tarder à en finir avec cette grimpée.
A l’approche de Kerveguen, j’aperçois Julien, Jérôme et un autre coureur courbés dans une forte montée ; 8 minutes nous séparent. Pas mécontent d’arriver au ravito, je change de boisson, préférant eau + coca, mais garde bananes, fruits secs et soupe comme menu du jour.
Pas mécontent non plus car bientôt ça va descendre aussi franchement que longtemps jusqu’à Cilaos. Soit 1250m négatifs.
Quel bonheur d’y être ! Je file, évitant les rondins glissants et les racines. Je sais que les véritables difficultés ne débuteront qu’après Cilaos, rendant capital d’y parvenir en pleine forme. De descendre au frais, sous ces grands arbres, redonne une énergie nouvelle. Et c’est avec cette sensation que j’en termine, empruntant la route goudronnée un peu longuette, conduisant au stade de la ville. J’y retrouve mon assistance, troque mes deux tee-shirts contre un débardeur et une casquette, m’alimente en vitesse, et quitte les lieux à toujours 8 minutes de mes coéquipiers. Mais la course commence vraiment ici, et, si je me suis bien économisé, je devrais remonter au classement.
Quand je pense à la difficulté de la route pour atteindre Cilaos en voiture, c’est presque un affront pour mes assistants de les quitter après cinq minutes. C’est pourtant le temps de mon arrêt.
A présent je dois rejoindre Bras Rouge, 200m plus bas, et grimper jusqu’au début du sentier du Taïbit, en terrain exposé au soleil. Section délicate donc, où deviennent précieux les quelques ruisseaux dispensant leur eau fraîche.
Trempage de casquette, aspersion, barbotage, tout est bon pour baisser la température interne. J’aime ce petit chemin ludique. Il y a une belle harmonie dans la nature qui m’entoure.
En une heure je suis au ravito du sentier du Taïbit où Anne, quelques amis et les bénévoles m’accueillent chaleureusement. Julien termine juste de se ravitailler, et je suis dans son sillage quelques instants plus tard. La technicité des descentes le freine un peu et le fatigue musculairement, l’obligeant à rester prudent. La chaleur ne nous épargne pas non plus, autre facteur de ralentissement.
Bonne surprise, une douche sous la forme d’un filet d’eau sortant d’un tuyau suspendu, nous permet un rafraîchissement complet.
Tout ragaillardi, je trottine dans cette forêt moite, mais ne tarde pas à marcher tant le sentier se raidit. Mine de rien, ce sont encore 1160m positifs d’affilée depuis Bras Rouge !
Je rejoins Jérôme avant le sommet, puis c’est la descente vers Marla. Ce cap marque à peu près la moitié du temps de course.
J’arrive à hauteur de Nicolas DARMAILLACQ. Nous nous connaissons pour avoir couru quatre jours à l’Euskal Endurance proches l’un de l’autre, et fini l’UTMB 2007 à une minute d’écart. Auteur d’un joli blog, soit dit en passant.
Coureurs sur la même longueur d’onde, c’est avec plaisir que nous avalons les kilomètres tout en échangeant nos impressions.
Nous entrons dans le domaine spectaculaire du cirque de Mafate. Monter et descendre des crêtes pendant six heures, voilà le programme des réjouissances !
Nous sommes sixièmes, à cinq minutes de Wilfrid OULEDI et quinze de Richard TECHER, mais çà nous l’ignorons, et les Réunionnais se gardent bien de nous donner des indications justes, préférant nous annoncer à 20’et 40’, même aux postes de contrôle. Souvent, des gars situés aux intersections essaient de nous faire prendre le mauvais chemin, et rigolent quand on passe outre leur recommandation !
Si bien qu’agacé par ces mauvaises volontés, je demande à Roche Plate la feuille de pointage, pour constater que moins d’un quart d’heure nous sépare des deux Réunionnais !
Hors des zones de ravitaillement, je sens nettement qu’être métro proche du podium dérange. Mais que se passe-t-il cette année ?
En tous cas nous sommes motivés, et nos rythmes sont bien complémentaires. Sans forcément rester dans nos pas, c’est un yoyo permanent qui nous garantit une bonne cadence. Je suis parfois en arrêt devant la beauté du site, face à ces arêtes verticales couvertes de végétation, au milieu desquelles je distingue la petite trace qui constitue notre chemin. Les dénivelés sont forts, tant positifs que négatifs, toujours plein d’obstacles rendant la course aléatoire.
La soudaine baisse de température, depuis qu’une masse nuageuse occupe le ciel, rend la progression plus aisée. Et tant mieux, car nous arrivons au fameux mur de 500m+ en 1500m !
Cette portion s’avale assez vite du fait du faible kilométrage, mais que de marches ! Nicolas prendra le temps de filmer les lieux !
Nous atteignons le poste d’Aurère en 17h 17’, en 5e position, de par l’abandon de Richeville ESPARON, à 9’ d’OULEDI et 25’ de TECHER qui semble costaud.
Ca devient bon, nous sommes sur le podium, mais nous pouvons chercher les deux coureurs si on attaque un bon coup.
J’informe Nicolas de mon souhait de rallier Deux Bras avant la nuit, car nous perdrions du temps sur cette descente caillouteuse et sur les berges sableuses de la rivière.
Nous filons donc, en courant même les faux plats montants, tandis qu’une pluie fine rend le terrain glissant. Les grenouilles sont à la fête, sautant de partout. Comme l’an passé au même endroit, elles sont en quantité étonnante.
Proche du ravitaillement, un journaliste de la radio RER nous aborde, curieux de savoir ce qui nous est arrivé, car OULEDI est passé depuis 26’ ! « Arrivé quoi ? », demande Nicolas, « nous avons suivi le balisage, c’est tout.» 49’ pour lui, 1h03’ pour nous, 58’ pour les deux premiers.
Sur le moment je trouve cet écart impossible, mais bon…
Je prends bien le temps de me ravitailler, aidé par Fred, le mari de Lydia, en n’oubliant pas une soupe avec des pâtes. Le pari important d’entamer le col de Dos d’Ane de jour est gagné. J’y tenais, car l’an passé, avec Christophe JAQUEROD, nous avions cherché un peu le tracé qui manquait cruellement de balisage.
Cette fois, sans hésitation nous traversons la rivière et passons au travers de la végétation masquant l’accès du sentier GR.
Mais bientôt le doute s’installe, pas la moindre rubalise, et le sentier redescend. Nicolas a des doutes. J’avoue que je ne suis pas très fier. Nous continuons pourtant. Difficile de rester lucide après 19h de course intense. Néanmoins je décide qu’il ne peut y avoir qu’un seul itinéraire ici. C’est avec soulagement, alors que je n’y croyais plus guère, que je reconnais un raidillon avec une main courante. Ouf !!
Et toute la montée se fait sans le moindre rappel de balisage ; plus d’une heure ! Incompréhensible !!
La conséquence positive, c’est qu’avec le stress généré par le doute, j’avais des ailes, et Nicolas aussi. Du coup, nous pointons à Dos d’Ane à 3 minutes de Wilfrid. Se serait-il cramé dans la descente précédente ?
Le stade est vivement éclairé, éblouissant même, quand on sort d’un bois en pleine nuit ; et quelle ambiance !
A cet endroit, je sais que la course est gagnée physiquement. Déjà 130km, 8565m+ et 20h02 d’efforts. On ne s’attarde pas. J’enfile un second tee-shirt sur le premier, car la nuit est fraîche avec cette bruine tenace. Le brouillard envahit les lieux, ce qui promet un final difficile.
En route pour Piton Bâtard, la vigilance est de rigueur tant le sol glisse. 26’ nous séparent de TECHER.
Nous doublons Wilfrid avant le sommet, passant à la 4e place. On n’y voit vraiment pas grand-chose dans cette brume. Les glissades sont nombreuses, et je me rattrape aux buissons pour éviter le pire. Il faut de suite relancer. Nicolas est en forme ; je lui demande ce qu’il a mangé à Dos d’Ane pour carburer ainsi ! C’est super de se relayer de cette façon.
Nous apercevons soudain les lumières de Kiosque Affouches tandis que nous basculons après une ultime côte. Ici, dans la nuit, la végétation semble tout envahir. Le chemin n’est qu’une trace boueuse masquée par les branchages.
Nous ne marquons qu’un petit arrêt au poste, pointant à 12’ du 3e. A ce rythme nous pouvons le rejoindre.
Nous abordons la piste forestière, longue de 3,5 km. Pas évident de prendre un rythme soutenu. Je pense que nous maintenons un petit 12km/h. Cette fois, c’est Nicolas qui peine un peu, mais nous entrons bien vite dans le bois menant à Colorado, par une succession de bosses, les dernières de ce parcours affolant.
Pour ne pas changer, c’est très étroit et ça glisse énormément. Il faut s’accrocher aux branches pour accompagner les dérapages ; c’est infernal ! J’imagine la galère que connaîtront les gars dans 24h et plus…
La quantité de petites côtes qu’on espère être la dernière ne cesse d’augmenter, mais la voûte végétale cède enfin la place au ciel étoilé. Nous posons les pieds sur une surface stable, ce qui n’était plus arrivé depuis près de trois heures. Petite route bétonnée que nous quittons très vite en direction des tentes du poste de Colorado.
A bien y regarder, je me rends compte que TECHER est là, devant nous à 100m ! Il n’avance plus guère. Il ne s’arrête pas au ravitaillement et file comme il peut.
Nous prenons le temps d’une dernière soupe et filons à sa poursuite.
Au bout de la route nous fondons sur lui. La descente de Colorado s’amorce par une piste assez large, que nous devons quitter pour suivre le balisage nous emmenant faire une boucle technique à droite, pour rejoindre la même piste plus bas après 1 km environ, assez absurde en vérité.
Mais Richard TECHER, 50m devant nous, s’il ne peut plus rivaliser physiquement, passe outre le tracé, et va tout droit, pour gagner 4 ou 5 minutes !!
Nous nous arrêtons net à hauteur de la bifurcation, pas si étonnés que ça, mais bien embêtés quand même.
Après quelques secondes de réflexion, je dis à Nicolas : « Tant pis, il vaut mieux suivre le balisage, sinon on finit 3e mais il est capable de dire qu’on aura triché ! » Et nous voilà partis pour finir honnêtement ce raid jusqu’au bout.
Dans un cas pareil, après une remontée telle que la nôtre, les idées se bousculent. Le regret l’emporterait presque, mais ce serait valider un faux résultat. Nous continuons dans les gros blocs de cet éboulis monstrueux, dominant les lumières de St Denis, devinant le stade tout proche.
Je pense à ceux qui me suivent sur internet et qui ne vont pas comprendre ce final illogique.
Parvenus à la fin de la pente, TECHER n’est plus qu’à une minute, mais pour nous c’est fini. Nous cherchons autour de nous quelqu’un qui pourrait prêter à Nicolas qui a perdu le sien, un tee-shirt officiel, en vain. Je prends le temps d’enfiler le mien et nous finissons par entrer dans le stade, après trois ou quatre minutes d’arrêt, et terminons les 100 derniers mètres en compagnie de nos enfants respectifs, donnant ainsi à qui sait l’apprécier, une bien plus belle image de l’ultra que n’en aura donnée TECHER.
Quelle satisfaction de boucler ce fabuleux parcours ! Arrivé en 23h35’, j’ai réussi, avec l’UTMB en 23H57’, le doublé sous les 24h.
Je tiens à remercier Nicolas DARMAILLACQ pour ces 12h passées ensemble, très agréable compagnon de route qui prenait le temps de filmer et photographier le périple (allez voir son blog !).
Pascal BLANC terminant 8e et Julien CHORIER 19e, nous remportons le challenge par équipe, et c’est sur ces marques de solidarité, avec les belles images de l’île, que je repars grandi d’une nouvelle expérience.

Pour finir, la propreté des chemins étant remarquable après le passage du semi raid, contrairement à 2007, il est prouvé qu’avec une bonne communication et de la volonté, on obtient le résultat escompté.
Gageons que si la volonté des organisateurs est une course plus équitable, nous en apprécierons la différence en 2009.

Antoine GUILLON