C'est parti, on s’organise une grande sortie d’Orange à St Rémy avec 45 km de chemins bien plat et de routes bucoliques. En prime, on joue les touristes en Avignon.
Départ 6 heures depuis Orange, le temps est frais et nous partons léger (moi) et bien couvert (Xav). Seul le passage de la départementale entre Orange et Roquemaure est un peu exposé aux voitures. Nous jouons la prudence avec frontales avant et arrière et chasuble réfléchissant (normes CE). La première heure se termine sur les bords du Rhône. Enfin, un chemin bien plat, long comme un jour sans course, et nous descendons vers Avignon. L’itinéraire c’est tout droit et drôlement reposant de suivre ce chemin qui s’étire en ruban de graviers. On fait quelques photos alors que la nuit est bien noire, on salut une péniche. Comme nous, elle largue les amarres. Elle nous suivra un peu, nous doublera puis nous la dépasserons à l’écluse.
On traverse au barrage et Avignon est bientôt à notre portée. Les fêtards du samedi-dimanche squattent les berges et bien que fatigués, ils ne veulent pas rentrer…même si le jour se lève ? Et il se lève, timidement, alors que la forme est bien là et que Xav continue son train élevé du coureur « décidemment bien pressé ce matin ». L’ïle de la Bathelasse est avalé d’un trait et nous traversons Avignon endormie, où quelques rares passants passent et où de trop nombreux SDF déambulent et fixent un horizon fait de murs gris. Cette ville, connue et arpentée en tant qu’étudiant ou badaud, ne m’a jamais semblé aussi petite. A peine rentré par la porte de la place Crillon, arpentant la rue Saint-Agricol, puis dévalant la rue de la République, nous nous retrouvons déjà face à la Gare. L’avenue de St-Ruf se transforme en route de Tarascon. Nous goûtons aux saveurs de la ville en plein réveil, en terrasse au Billy Bar, café pour moi et demi pour Xav. Cinq minutes pour remplir les bidons à la fontaine du bar, là tout près de la pompe à bière.
Le redémarrage de ce court arrêt est difficile, surtout pour Xav qui a presque brûler toute sa motivation. Les jambes sont lourdes mais le moral est là, je le pousse un peu alors que nous arrivons sur la route vers St Rémy. Les longues lignes droites et les nombreux rond-points se succèdent et je glisse en plein délice. 4 heures de course, les jambes sont justes moins fraîches qu’au début mais la foulée est bien posée, presque tonique. Heureux d’être là, le regard porte loin, je suis bien…Xav, un peu moins et les sourires crispés qu’il m’envoient sont le signe d’un nouveau rythme.
On se met à marcher, je m’adapte et suit le tempo. Régulièrement, on alterne marche et course mais les mollets du Xav durcissent quand même. Ah, les fichus manchons qui ne compressent plus rien une fois oubliés sur le buffet…Il les regrettera jusqu’à la fin ! Elle est proche cette fin de sortie et les panneaux d’indication kilométrique sont farceurs mais finissent par lâcher le décompte final. St Rémy, 2 kilomètres, 1 kilomètre et le panneau déjà là après 5 heures, soit 9 km par heure de moyenne, on finit en marchant jusqu’au Bar de l’industrie où l’on se replonge tranquillement dans la civilisation.
Ma belle-maman nous accueille, douche et puis restaurant dans nos familles. Baignés dans la douce chaleur de leurs sourires, chacun de nous deux sourit aussi et pense à ce beau voyage qu’est la vie. Nous avions choisi l’itinéraire et la route s’est ouverte sous nos pieds. Ca doit être un peu ça la Liberté, sur route et sur sentier.