Equipe WILLTEAM - Récit de notre Petite Trotte à Léon 2008
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, 08/10/2008 à 00h08 (1942 Affichages)
LUNDI 25 AOUT 2008 la WILLTEAM arrive à Chamonix pour participer à LA PETITE TROTTE A LEON
Depuis plusieurs années, le MONT-BLANC impressionne et attire les équipiers de la WILLTEAM. L'équipe se compose de 3 amis-trailers venant de la région parisienne : le capitaine, Patrick BARRE des bois de Chaville, Nelly BOITARD de Paris Rive Gauche et Marc VAIDIS de la Rive Droite au pied de Montmartre. Leur entraîneur de course à pied, William SCHILARDI, qui est aussi le mari de Nelly, les accompagne tout comme la mère de Nelly et l’une de ses filles. Le clan William est quasi au complet, il ne manque que quelques-uns de ses apprentis-coureurs d’UTMB et CCC qui partiront deux jours plus tard. Ils retrouvent pour la troisième année consécutive leurs quartiers d’été à l’hôtel de l’Arve, placé à 300 m du départ, ambiance feutrée, confort et personnel accueillant. L’idéal cocon avant l’épreuve à Léon !
Lorsqu’il a fallu choisir un nom à l’équipe, plutôt que l’humour comme beaucoup l'on fait, il nous est apparu évident que nous devions faire référence à notre entraîneur-préparateur mental et à cette notion d’équipe, tous deux ayant grande importance pour nous. D’où ce choix de « Will -Team ».
Nos motivations pour nous engager dans ce projet de « Petite Trotte à Léon » :
- Une lassitude d’UTMB (2 participations pour Nelly, 2 pour Patrick et 4 pour Marc).
- L’envie de vivre, à 3 une épreuve de très longue haleine. Complices et amis d’entraînement de course à pied depuis longtemps, trailers depuis 3 / 4 ans, nous nous ressentions proches et complémentaires, restait à savoir si nous resterions soudés, solidaires dans l’épreuve (?) Cela demandait à être vérifié dans l’action...
- Enfin l’envie de participer au test d’un nouveau format d’épreuve, à mi-chemin entre feu-raid-Gauloise et les Ultra-Trails et sans aucune autre référence ou expérience extrême que l’UTMB. Seuls atouts : notre conscience, nos jambes, notre mental et notre enthousiasme ! Prêts à essuyer les plâtres de la 1ère édition… d’une course extrême préparée sur papier (!!!).
- Clin d’œil : pour un non-suisse une petite trotte ça ne peut-être qu’un tranquille bain de nature !
Pour la préparer , nous avons participé à plusieurs trails d’hiver et de printemps :
- Eco-Trail de Paris (80 km, 1500 m de D+) pour Nelly et Patrick, ascension du Kili (5000 m de D+) pour Marc (le veinard !), à la mi-février.
- Trail d’Auffargis (55 km, 2000 m de D+) pour Nelly, marathon de Paris pour Patrick et Marc, en Avril.
- Trail l’Ardéchois (57 km, 2600 m de D+) pour Nelly et Patrick, 2 fois 5 km marche Interclubs pour Marc (civisme associatif !…), début Mai.
- Trail des Cerfs (50 km, 1200 m de D+) pour les trois, fin mai.
- Trail de Faverges (42 km, 2700 m de D+) pour Nelly et Marc, début Juin.
En complément de préparation Marc avait insisté pour que nous programmions 2 reconnaissances sur le parcours PTL lors de 2 week-ends à un mois d’intervalle, l’un fin Juin et l’autre fin Juillet : équipe au complet, sac à dos en charge course, en totale autonomie. Aussi avons-nous :
- Fin Juin, effectué par beau temps le parcours Praz de Fort / Chamonix, sans passer par le col de la Terrasse, ni le col des Glières encore présent sur le « parcours de fin Juin » (trajets très enneigés)
Fin Juillet, rallié par beau temps Ville-des-Glaciers à Praz-de-Fort, Marc ayant reconnu seul par beau temps Chamonix / Ville-des-Glaciers. Nous évitâmes faute de temps les cols de Chevannes, du Bério Blanc et de Youla mais pas une chute de marco dans un raccourci enroché (il voulut rattraper ses frais compagnons qu’il n’arrivait pas à rejoindre après une courte pause). Cela lui valut un crâne et un visage ensanglanté au bord de l’hospitalisation… mais un objectif « impératif » nous obsédait, sinon tout capotait (TGV à Martigny parti, entreprises déstabilisées par notre absence le lundi matin !…). Et cet objectif était : aller dormir au Grand Saint-Bernard ! vv Ce qui nous a valu une arrivée à 2h30 du matin et une courte nuit sur des bancs de 35 cm de large dans le local à skis de l’hospice, le frère-hospitalier ayant abandonné son poste et la tradition monacale de Saint Benoît… mais bien heureusement une collation nous fût offerte au petit-matin.
Ces 2 reconnaissances nous ont permis très vite de nous rendre compte que cette épreuve n’avait rien à voir avec l’UTMB : les montées sont beaucoup plus difficiles, en altitude, les descentes beaucoup plus techniques parfois dangereuses, les pierriers nombreux et la progression-orientation souvent difficile.
Lors de la 2ème reconnaissance, nous nous étions pourtant équipé d’un GPS, complément indispensable pour la marche nocturne.
Nous avons également pris conscience, que s’il devait pleuvoir pendant l’épreuve, il serait très difficile de terminer dans les délais. Or, pas de pluie durant 5 jours consécutifs fin Août, c’est rare !
A l’issue de ces 2 reconnaissances, nous avions envisagé pour être crédibles, des arrêts de 6 heures avec 4 vraies heures de sommeil par nuit. La première à la Croix du Bonhomme, la seconde au col du Grand Saint Bernard, la troisième au col de la Forclaz, et pour la 4ème : au refuge de la Loriaz (ou décision de continuer de nuit en fonction de l’heure, ainsi que de la forme physique et mentale…).
Le récit qui va suivre démontrera que nous étions très, très optimistes et naïfs dans nos prévisions.
MERCREDI 27 AOUT 2008, 7H45 :
La WILLTEAM arrive vaillante et sereine sur la ligne de départ : nous avons tous les 3 passé une bonne dernière nuit de sommeil, le beau temps qui prédomine depuis quelques jours, est annoncé pour durer jusqu’à lundi prochain… une aubaine ! Donc pas trop d’inquiétude à avoir, même s’il faut rester prudent, le temps changeant parfois brutalement en montagne et de façon différente d'une vallée à l'autre.
Sous l’arche de départ-arrivée de la place de l’Amitié, on est loin de la foule et de l’ambiance des départs de l’UTMB : ce matin, nous sommes discrètement 180 coureurs (60 équipes de 3) qui allons partir faire cette petite boucle-petite trotte autour du Mont-Blanc, bien au-delà du traditionnel TMB (Tour du Mont-Blanc des randonneurs), sur des sentiers beaucoup plus sauvages, élevés et techniques, non balisés donc peu fréquentés. Ce que nous recherchions dans notre nouvelle quête…
8h00 , la délivrance : le départ est donné ! Malgré une mise en mouvement tout en retenue, au bout de 300 mètres la Will-Team est en tête de la course ! Pas d’emballement, nous savons que notre place sera davantage en retrait dans peu de temps…
Première montée vers l’aiguillette des Houches à la queue-leu-leu : petits moutons transhumants vers les alpages de Bel-Lachat. La vue face au Mont-Blanc est grandiose !
Derrière nous, une équipe italienne fort bavarde (surtout Ornella !) nous pollue les oreilles, notre concentration et l'énergie qu'apporte ce panorama d’exception (mais comment font-ils pour tchacher sans cesse, en plein effort ??). Cette équipe transalpine s’avèrera plutôt sympathique et nous la retrouverons tout au long du parcours, durant ces cinq jours.
Arrivés à Bel-Lachat les stratégies commencent à se dessiner entre sages et fonceurs (nous sommes à mi-chemin de ces deux attitudes, Marco a des fourmis dans les jambes et il connait le terrain pour l’avoir reconnu seul), sur le plateau nous avons juste le temps de contempler le paysage avant de plonger à donf, depuis l’Aiguillette vers Servoz, pour 1400 m de descente (il faut des cuisses !). Première bifurcation-hésitation, et première constatation : plus nous sommes nombreux à un embranchement problématique, plus le choix de la route est difficile. Avoir un avis serein, telle est la question... Dans le doute et la confusion, il faut fermer les écoutilles, calmer nos esprits, se fier à notre analyse, voire à notre intuition.
A Servoz, premier casse-croûte (pain de campagne, camembert et coca) en compagnie de William qui nous attend au pointage. Puis remontée assez raide mais heureusement en forêt, alternance d’ombre et de lumière, de fraicheur et de chaleur jusqu’au Prarion. A peine le temps de remplir les gourdes et poches à eau dans les toilettes du restaurant d’altitude. Encouragements de la blonde patronne, indifférence des clients et c’est reparti, en descente jusqu’au col de Voza puis remontée le long du petit train à crémaillère pour touristes en tongues et alpinistes près à en découdre avec l’assaut du Mont-Blanc. Il fait toujours très chaud, et le rythme reste soutenu.
Après le passage du pont suspendu, la montée du col du Tricot est fatale à Patrick, une grosse fringale apparaissant brusquement. Pâte de fruits et boisson sucrée dans le bidon, Patrick retrouve progressivement ses jambes, qui reprennent toute leur vigueur dans les 500 m de descente en zig-zags vers les chalets de Miage. Nous passons sans nous arrêter car nous voulons casser la croûte au chalet du Truc juste au-dessus. Marc part en éclaireur pour réserver nos repas. Ce ravitaillement salutaire confirme les difficultés de digestion de Nelly qui ne mange presque rien en ce premier après-midi.
Reprise jusqu’aux Contamines, puis montée au refuge de Tré-la-Tête avec une grosse hésitation-discussion sur la bonne trace entre plusieurs équipes. Au refuge, trop d’équipes attendent pour se restaurer, nous décidons de shunter cette collation espérée et de basculer immédiatement vers le Nant Borrant car le ciel s’assombrit, or Marc a le souvenir d’une descente assez technique et glissante. Nous y allumerons nos frontales. Montée vers La Balme, où à 22h30 nous est proposé un steak avec des pommes de terre sautées ! Exquise surprise ! sauf pour Nelly qui est toujours nouée.
Quelques minutes après la reprise vers le col du Bonhomme, elle vomira le peu qu’elle a avalé, ce qui lui permettra de repartir affaiblie mais soulagée. La montée au col en sera un peu ralentie, suffisamment pour donner l’envie à marco et à ses fourmis de choisir une voie hors-piste très raide et enrochée de gros blocs, pendant que Nelly et Patrick économisent leurs forces sur le raide sentier des randonneurs de TMB. Après cette très courte (et unique) séparation (sur toute l’épreuve), nous arrivons à 1h30 du matin au refuge de la Croix du Bonhomme, où nous filons directement dormir sans plus de cérémonie.
Cette première journée nous a offert 17 h 30 d’efforts, pour un dénivelé positif de 4950 m.
Constats après cette 1ère journée : Physiquement, nous sommes prêts. Mentalement pas de problème. Digestivement parlant, Nelly a eu beaucoup de mal à s’alimenter (…heureusement tout rentrera dans l’ordre dès le 2ème jour). Par contre, nos sacs sont trop lourds : entre 10 et 12 kg c’est une charge très pénalisante en montée comme en descente. Notre choix de prendre une tente 3 personnes (2,9kg) conformément au règlement est un lourd tribu à payer aux épaules (cela engendre des douleurs dans les bras, les mains, le cou), idem pour le réchaud et les plats lyophilisés (2kg environ). Pour ces derniers, nous avions constaté lors des reconnaissances qu’au-delà de 6-7h d’efforts il devenait urgent de nous recharger en carburant différent des vivres de course. Or, l’espacement des refuges ne permet pas de toujours couvrir ce délai. En fait, dans la course, il s’avèrera que nous arriverons à tenir 8-9 heures sans manger et nous n’aurons finalement jamais à puiser dans ces denrées modernes.
JEUDI 28 AOUT 2008, 6H :
C'est l'heure du réveil, le jour se lève et première constatation très positive : 4 heures de sommeil nous ont suffi pour récupérer complètement des longs efforts de la veille, et c’est tant mieux, car la seconde journée s’avère redoutable, si nous voulons comme prévu rejoindre le col du Grand Saint-Bernard et son hospice suisse !
Après la très courte montée au col des Fours, descente vers Ville-des-Glaciers et remontée de l’incontournable col de la Seigne. VIVA ITALIA ! Là-haut, ce qui saisit le regard dès le premier abord, c’est le point de vue en enfilade du val Vény qui s’étend devant nous, et surtout Sa Majesté Mont-Blanc, qui surplombe tous ses voisins avec son visage à deux faces : arête rocheuse versant italien, arrondi neigeux côté français.
Mais pas le temps de s’émerveiller plus que de raison, nous tirons à droite sur un sentier-pierrier quasi à iso-altitude, qui va nous permettre de gravir le col des Chevannes pour rejoindre la crête en altitude.
Du col, nous atteignons rapidement le Mont Fortin, où les ruines d’un groupe d’habitations font front au Mont-Blanc (lequel boude un peu derrière un groupe de nuages).
Point de vue sublime sur le Val Veny et le Val Ferret en arrière plan, mais cette année nous ne franchirons pas le Grand col Ferret… Reprise le long de la crête jusqu’au col de Bério-Blanc, en observant au passage de nombreux groupes d'edelweiss porte-bonheur (le hasard fait parfois bien les choses...).
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S’ouvre alors devant nous le tronçon le plus impressionnant de toute la course, dont un sentier en arc de cercle d’environ 200-300 m de long sur le flanc de la Pointe des Charmonts, entre le col du Bério-Blanc et le col des Charmonts. Passages vraiment époustouflants, que nous n’oublierons pas de si tôt…
Etant totalement dans la course, nous ne nous sommes pas posé la question de savoir si nous devions ou non passer. Mais dans tout autre contexte, je crois que nous aurions rebroussé chemin (malgré les heures de détour que cela occasionnerait). Après cela, la redescente au col de Youla puis vers Chécrouit parait bien facile. Il est alors 16 heures, nos estomacs réclament du consistant. Cela tombe bien, le petit col ensoleillé de Chécrouit est propice à une restauration relaxante, les chaises-longues dans lesquelles se prélassent des locaux sont très tentantes... bien difficile d’envisager repartir ! Bonheur des tartelettes aux myrtilles servies par une belle mais peu avenante italienne, avant de descendre vers Courmayeur et un curieux détour à partir de Dolonne pour atteindre la Saxe et la statue du Roi Chasseur Victor Emmanuel.
A 20h00, en forçant l’allure car talonnés par de rapides randonneurs italiens, nous avons rejoint Bertone où chacun voudra vraisemblablement trouver refuge pour la nuit (ou un morceau de nuit… pour ce qui nous concerne vu notre nouvelle stratégie et hypothèse d’étape).
Après avoir survolé toutes les options possibles (dont l'abandon, vu le dérapage sur nos prévisions horaires) nous confirmons finalement une décision en mûrissement depuis les myrtilles de Chécrouit, pleine de raison mais lourde de conséquence : plutôt que de continuer jusqu’au Grand Saint-Bernard (compter 9 heures de trajet, presque entièrement de nuit), nous choisissons de dîner et dormir 3 heures sur place, puis de repartir à 2 h du matin, frais et dispos (?). Bonne décision car le couchage fût classieux, avec sur-taie d’oreiller et drap-papier fournis ! Patrick programme un lever à 1 heure du matin.
Cette seconde journée, abrégée, n'aura offert que 12 h 30 d’efforts, pour un dénivelé positif de 2400 m.
VENDREDI 29 AOUT 2008, 0H30 :
Du fait de ce changement de programme, ce 3ème jour devient un sacré périple, car nous devons absolument rejoindre Champex pour y dormir et repartir avant la barrière horaire du samedi : 6h du matin ! Heureusement, le court mais reconstituant sommeil nous est bénéfique (bien que Nelly nous l’ait raccourci de 30 mn suite à une légère erreur de programmation du réveil…), et c’est bien reposés, douchés et motivés à fond que nous enchaînons dès 1h45 la longue montée vers le Col Sapin, puis le col d’Entre-Deux-Sauts (nouveau cafouillage nocturne pour trouver la bonne trace), le col de Malatra (2928 m, toit de notre Trotte), le col des Ceingles, le col de Saint-Rhémy et enfin l’arrivée au Grand Saint-Bernard à 10h30. Nous découvrons d’un œil nouveau ce magnifique parcours que nous avions terminé de nuit lors de la reconnaissance de Juillet et dans des conditions alors beaucoup plus difficiles. Cette fois-ci c’est l’inverse : à partir de Malatra le jour s’est levé et nous avons pleinement profité du parcours et du paysage.
Au GSB, passage de la frontière : LA SUISSSSSE ! et son hospicccce, où nous déjeunerons, changerons nos vêtements et referons le plein de victuailles puisées dans le sac préparé à cet effet avant la course.
Nous en profiterons également pour nous débarrasser du réchaud et des repas lyophilisés, ainsi que de la tente 3 places et de ses piquets (les prévisions météo affichant le beau fixe). Cela soulagera un peu nos épaules fort meurtries après deux jours de portage excessif (que Michel Poletti nous pardonne, mais nous étions une des équipes les plus chargées et la plus âgée, un comble !). L’après-midi nous verra, sous un soleil de plomb, franchir le Col des Chevaux.
Puis viendra le col du Bastillon, un raccourci (via un court pierrier) autorisé par l’organisation, le col de l’Arpalle, un énorme pierrier et le col du Névé de la Rousse, puis redescendre à fond la caisse dans la Combe de l’A jusqu’au refuge de la Tsissette, que nous atteignons à 18h00. Au vu de tout ce qui nous reste à parcourir d’ici Champex, nous ne nous éterniserons pas, et c’est heureux car la montée vers la Téjère est raide, plus longue et épuisante que nous l’avions imaginée. Arrivés à la Sasse à la tombée de la nuit vers 21h00, c’est à la frontale que nous entamerons la descente interminable vers Praz-de-Fort, sur un sentier parfois 4x4, rappelant ceux du côté de Trient sur l’UTMB.
Traversée de Praz-de-Fort à 22h30, nous y croisons les CCC-istes, puis recherchons le fameux « sentier des champignons » pour entamer notre montée vers Champex. En guise de montée, on parlera plutôt de chemin de croix nocturne. La fatigue cumulée, l’obscurité, l’imprécision de la trace GPS, notre manque de lucidité transformeront ces 7-8 km en un calvaire qui durera 3h30, au cours duquel Patrick aura des hallucinations régulières (il voyait des peintures d’animaux et de visages sur les rochers tout au long du chemin…).
Maigre consolation, nous apprendrons par la suite que beaucoup d’autres équipes auront connu "la galère" sur ce tronçon. A 2h00 du matin, après plus de 24h non-stop et un dernier égarement à l’arrivée dans Champex, où nous pataugerons avec une équipe désunie et négative dans les résidences en-dessous du lac, nous arrivons épuisés au gîte du Bon-Abri… où nous apprenons médusés que nos couchages, pourtant réservés et confirmés 3 fois par téléphone, ont été pris d’assaut par la horde déchaînée et exténuée des petits trotteurs, et qu’il n’y a plus rien de libre. Hagards et fourbus, nous nous apprêtons à dormir de mauvaise grâce sur des chaises, dans le brouhaha, mais 3 péquins s’apprêtant à décoller nous offrent leurs paillasses encore chaudes, pour seulement… 30 € et deux heures de sommeil, barrière horaire oblige !
Au total de cette 3ème journée : 24 h 30 d’efforts, et un dénivelé positif de 4100 m.
SAMEDI 30 AOUT 2008, 5H :
La journée précédente qui semblait n’avoir pas pris fin et le micro-sommeil du Bon-Abri ont laissé des traces dans nos organismes et nos esprits. La belle montée vers la fenêtre d’Arpette est de ce fait bien plus laborieuse que lors de notre reconnaissance de Juin. Mais quel panorama superbe au sommet!
De même la descente vers le Col de La Forclaz semblera interminable ! Marc souffre depuis deux jours d’ampoules, qui se manifestent surtout en descente. Il descend à petite vitesse, cherchant chaque appui. Quant à Nelly, elle aura un gros coup de grisou mental dans la descente, parlant même d’abandonner en nous invitant à continuer à deux, sans elle ! Notre forte cohésion d’équipe, nos encouragements discrets, notre refus de continuer sans elle et le repas au col de La Forclaz l’aideront à franchir ce cap critique. Marco lui a montré l’exemple lors de ce repas, reprenant 4 fois de succulentes pâtes al dente et aux olives, ce qui lui vaudra une réflexion amicale de Gilles notre pourvoyeur d’énergie : « toi, il vaut mieux t’avoir en portrait qu’à sa table !… ».
De ce fait, nous quittons La Forclaz en dernière position, pile à la barrière horaire (13h). Marc est un peu lourd et peine à suivre Nelly et Patrick, en route vers le sommet de l’Arpille qui offre un point de vue à couper le souffle sur la vallée du Rhône, avec Martigny en premier plan.
Après une belle combe-pâturage couverte de vaches et de taureaux suspicieux, la redescente assez raide et d’un dénivelé de plus de 1200 m, jusqu’à la rivière du Trient (point le plus bas de la trotte, 707 m) sera longue et pénible car sollicitant beaucoup les ampoules des uns et des autres. Après cela, la remontée vers Le Trétien sera un soulagement… provisoire.
En effet, le soir approchant, la fatigue accumulée et la tension nerveuse inhérente à une attention de tous les instants vont nous transformer en véritables zombies ambulants dès la nuit venue. Il ne sera alors plus question que de gérer le faisceau lumineux de nos frontales, la prochaine pierre à éviter, le prochain pas, l’à-pic à gauche, la vision qui se trouble, la pensée qui fuit, la concentration qu’il faut mobiliser sur la compréhension de ce qui précède… Marco, tout particulièrement, va nous jouer un numéro de funambule-noctambule impressionnant, aux trois-quarts endormi, ne maintenant le quart restant en semi-éveil que grâce à la pensée-désir d’une Bonne Bière !… A ce petit jeu, nous mettrons 3 heures pour parcourir les quelques kilomètres nous séparant du barrage d’Emosson.
Arrivée au barrage à 23h00, où William, joint par téléphone dans la soirée, nous accueille et nous guide jusqu’à un refuge-hôtel-restaurant. Il apparaît évident qu’il ne faut plus viser le refuge du Vieux-Emosson, mais dormir sur place dans ce lieu non répertorié comme partenaire de la course. Il était temps de déposer les armes: le bref rafraîchissement avant l’endormissement total, sera l’objet de 2 verres de coca renversés dont un cassé. Mais, Marco dégustera sa Bière… heureusement, sinon il ne repartait pas 4h30 plus tard !
Quant à Nelly elle trouvera la force de prendre une bonne douche chaude avant de se coucher. Pas les deux trailers mâles.
Journée des derniers dangers (croyait-on), ce 4ème jour nous aura valu 17 h 30 d’efforts pour un dénivelé positif de 3100 m.
DIMANCHE 31 AOUT 2008, 4H :
Ce matin là, nous sommes assurés (sauf accident) d’atteindre Chamonix. Mais la tenue de la limite horaire de 16h30 n’est pas garantie… Après un départ de nuit à jeun à 4h00 en compagnie du frère de Nelly, qui la dopera mentalement et nous tiendra compagnie jusqu’à Chamonix (sans alléger nos sacs !…), nous petit-déjeunerons au refuge du Vieux-Emosson (petit déjeuner de rêve : céréales, eeexcellent fromage blanc, marco en reprendra 3 fois, bon pain, bonne confiture, accueil fort sympathique).
Puis nous reprendrons notre route vers le col de la Terrasse en passant à 150 m des traces des dinosaures. Regret : ne pas avoir pris le temps de contempler ces empreintes vieilles de 200 millions d’années… pour gagner quelques minutes!
Près du sommet, un grand bouquetin mâle, gardien du col, nous surveille de près, histoire de bien marquer son territoire.
Le début de la descente du col s’avèrera beaucoup plus délicat que prévu. Nous ne trouvons pas la trace bien que la lumière du jour monte. Mais la lucidité, elle, commence à baisser. Marco dévisse dès les premiers mètres, Patrick le rattrape de justesse en bondissant sur son sac à dos pour le plaquer à la paroi. Enorme dépense d’énergie nerveuse, d’adrénaline et de crispation qui ralentissent.
Mais cette débauche d’énergie sera compensée au refuge de la Loriaz par une délicieuse tarte aux myrtilles, accompagnée de miel de montagne sur du bon pain. Sympathiques les panneaux indicateurs qui y donnent le kilométrage et la direction de différents toits de continents et lieux mythiques du globe (Aconcagua, Kilimandjaro, Everest, Marie Galante…). Clins d’œil aux routards-montagnards et invitation au voyage pour les novices…
Après cette collation reconstituante, la descente vers le Buet se fait dans un parcours bucolique, énergisant, dans un bon rythme retrouvé et une foulée plus souple. A la gare du Buet nous retrouvons les UTMB-istes, qui sont étonnés de voir débouler 3 coureurs aussi décidés, les doubler sans faiblir dans la montée au col des Montets. Par contre, la grimpette pentue vers « la Tête au vent » sera plus laborieuse. Puis viendra la Flégère et enfin… la dernière descente vers Chamonix. Marco, qui a marché sur des œufs et des ampoules toute la journée, a promis de courir sur le dernier kilomètre, afin que la Will-Team puisse assurer un finish digne de son nom… parole tenue ! Et c’est une équipe soudée comme au premier jour, proche des larmes tellement l’émotion est forte, qui entre dans Chamonix et se voit aiguillonnée par les voix de stentor de William et du clan ! Puis c’est le bain de foule et d’ovations jouissif, qui porte jusqu’à la l’arche salvatrice !
A 15 H. 50 ce dimanche après-midi la WILLTEAM, l’équipe 60, passait la ligne d’arrivée Place de l'Amitié, 29ème et dernière équipe complète à la franchir dans les délais ! Nous fûmes accueillis en stars, les derniers comme les premiers : interview caméra au poing à peine la ligne franchie, accueil-félicitations de la première équipe à avoir franchi ce rubicond samedi matin (!!...).
Déception : il n’y a plus de lot finisher pour aucun de nous trois ! Promesse : un envoi postal, ultérieurement (si dieu-le-veut et les Poletti aussi…).
Enfin le podium avec tous les finishers Petits Trotteurs et la remise à chacun d’une Clarine d’Honneur. Quel fantastique et délicieux vacarme, toutes ces clochettes tintinnabulant à tue-tête en guise de conclusion d’une semaine passée au grand air des montagnes, sous l’œil (en apparence) bienveillant du Mont-Blanc !
Pour ce 5ème jour et dernier jour, 12 h.15 d’efforts et un dénivelé positif de 1650 m.
Au TOTAL :
103 h 50 d’efforts, dont 84 heures de grimpe, de marche, de course et de repas , et environ 20 heures d’étape « dîner/sommeil/toilette/petit-déjeuner/préparation de sac ».
Pour un dénivelé positif d’environ 16200 m, autant en négatif et vraisemblablement un peu plus de 220 km sur le terrain (et quels kilomètres !...).
Au-delà de la joie inénarrable d’avoir fini ensemble cet Everest dans les délais, c’est l’aventure humaine en équipe que nous garderons en mémoire, avec peut-être une modification génétique à la clé… Notre forte cohésion, notre complicité, notre complémentarité, bref notre esprit d’équipe nous ont permis de passer au travers des difficultés, des dangers et des écueils sans y laisser de plumes.
Cet exploit d’union, nous a rapproché encore plus et nous sommes fiers de « l’équipe 60 » plus que de chacun de nous.
La Will-Team était la plus âgée à s’aligner (161 ans d’âges cumulés : Patrick 41 ans, Nelly [??] et Marc 63). Nous avons pu et su relever ce défi et nous savons que cette force mentale qui nous est commune et nous anime, nous la devons en grande partie à notre entraîneur et ami William SCHILARDI. Il faudrait d’ailleurs plutôt que d’entraîneur parler de préparateur physique et psychique (voire redresseur de tor-du et assouplisseur de rigide…) tant cet aspect est primordial sur de telles épreuves.
NOTRE BILAN « Petite Trotte à Léon 2008 » :
Concernant l’organisation et les concurrents : l’autonomie est totale. Autrement dit, en dehors du briefing, de la ligne de départ et d’arrivée, aucun contact avec l’organisation pendant tout le parcours, pas même dans les refuges. Il ne faut compter que sur soi et ses compagnons d’aventure.
C’est le règlement de la course !
Quant à nos portables GSM, nous ne pouvions les laisser allumés en permanence, la faible autonomie des batteries ne le permettant pas, de plus de nombreuses zones sont à champ GSM très faible voire inexistant. Seuls les numéros d’urgence sont sensés passer (?). Que serait-il advenu si les conditions météo s’étaient durcies ? Les concurrents 2009 en feront peut-être l’expérience ?...
Portables branchés, c’est le règlement de la course !
Choix de la trace / orientation : on est à des lieux du balisage fluorescent de l’UTMB ou de la CCC, ni de celui plus discret du TMB. En bien des endroits le sentier disparait. Or c’est une vrai difficulté, une progression nécessairement ralentie, surtout si l’on n’a pas procédé à des reconnaissances, voire quasi impossible de nuit si l’on veut maintenir un bon ratio vitesse de progression / fatigue et temps de sommeil. L’utilisation d’un GPS permet d’optimiser ce ratio (le GPS est recommandé mais non obligatoire, comme l’est la tente… qu’il serait bien difficile de planter en de nombreux endroits). Certaines équipes se sont perdues. Les GPS ne fonctionnent pas toujours à 100%, et il faut souvent compléter par une vérification sur la carte.
C’est le règlement de la course !
Quant au type de terrain : en dehors de quelques tronçons communs, il est très différent de « l’autoroute » du TMB que suivent l‘UTMB et la CCC. Sur la PTL on a à avaler des dénivelés positifs et négatifs importants plus en altitude, sur des sentiers beaucoup plus techniques (pierriers, sols qui se dérobent, à-pics…) donc nettement moins roulants en quasi permanence. Les risques de chute sont accrus, des passages où il n’y a aucun droit à l’erreur tant le vide ou la pente très raide sont proches foisonnent. Là encore, dans des conditions météo plus humides voire orageuses, que serait-il advenu de trailers même expérimentés, mais qui ne sont pas (sauf exception) des montagnards aguerris… la progression devenant quasi nulle ?
C’est le règlement de la course !
Ces réflexions n’ont pas pour propos de dénigrer l’organisation, ni de dresser un tableau légèrement assombri de cette splendide aventure, mais plutôt d’alerter d’éventuels candidats sur la réalité concrète de cette épreuve et à les aider dans leur préparation d’une prochaine édition.
Un certain nombre de questions liées à la sécurité des coureurs n’avaient (à notre avis) pas reçu de réponse convaincante lors du briefing d’avant-course. Mais nous étions prévenus qu’il s’agissait de haute-montagne, avec les risques que cela comporte, que cela n’avait rien à voir avec du trail habituel, que c’était plus proche de la classique « randonnée de haute-montagne » et que nous avions signé pour l'assumer.
C’était le règlement de la course !
Sauf, qu’il y avait un temps à respecter pour être finisher, même sans classement. Et qu’un trailer a au fond de lui un esprit compétition lorsqu’il prend un départ avec d’autres concurrents. Ce qui n’est pas le cas d’un randonneur qui part en petit groupe pour une « course de haute-montagne ». Si 2009, doit voir une seconde édition, il serait bon qu’organisateurs et candidats tirent profit de l’expérience des 60 équipes alignées au départ cette année. La Petite Trotte de 2008, incroyablement chanceuse quant à la météo, doit servir à bien préparer voire adapter-amender les éditions à venir, pour éviter (par trop) la casse…
En conclusion, quelques conseils primordiaux pour permettre à un lecteur-trailer non montagnard de se tester sur les prochaines PTL en optimisant ses chances de réussite :
La WILL-TEAM. Bénie des Dieux du Beau Temps !
- Faire des reconnaissances sur site est indispensable, pour appréhender le type de terrain, et définir des temps de passage réalistes (nous avions sous-évalué tous les tronçons non reconnus, ce qui a provoqué un dérapage de nos prévisions dès le second jour).
- Le GPS est indispensable, surtout de nuit, afin de ne pas perdre de temps en hésitations et fausses pistes. La seule lecture des cartes, peut être très fastidieuse. En situation de fatigue, les problèmes d’orientation consomment de l’influx nerveux, mieux vaut le préserver pour les efforts physiques.
- Une équipe soudée, unie, solidaire dans les épreuves et homogène dans ses capacités de performance physique est aussi primordiale. Nous avons entendu plusieurs équipiers se chamailler à en prendre des chemins différents… Le nombre important d’équipes ayant abandonné ou fini à deux coureurs (voire un seul) peut trouver sa source de ce manque de cohésion et d'homogénéité.
- Des cuisses en béton, pour garder de la souplesse dans les descentes, jusqu’au dernier jour.
- Enfin l’amour et le respect de la nature-montagne. Savoir apprécier la beauté du parcours permet un relâchement dans l’effort, et le plaisir induit est générateur d’énergie. Courage ! et bonne météo…







Fin Juillet, rallié par beau temps Ville-des-Glaciers à Praz-de-Fort, Marc ayant reconnu seul par beau temps Chamonix / Ville-des-Glaciers. Nous évitâmes faute de temps les cols de Chevannes, du Bério Blanc et de Youla mais pas une chute de marco dans un raccourci enroché (il voulut rattraper ses frais compagnons qu’il n’arrivait pas à rejoindre après une courte pause). Cela lui valut un crâne et un visage ensanglanté au bord de l’hospitalisation… mais un objectif « impératif » nous obsédait, sinon tout capotait (TGV à Martigny parti, entreprises déstabilisées par notre absence le lundi matin !…). Et cet objectif était : aller dormir au Grand Saint-Bernard ! vv Ce qui nous a valu une arrivée à 2h30 du matin et une courte nuit sur des bancs de 35 cm de large dans le local à skis de l’hospice, le frère-hospitalier ayant abandonné son poste et la tradition monacale de Saint Benoît… mais bien heureusement une collation nous fût offerte au petit-matin.









Nous en profiterons également pour nous débarrasser du réchaud et des repas lyophilisés, ainsi que de la tente 3 places et de ses piquets (les prévisions météo affichant le beau fixe). Cela soulagera un peu nos épaules fort meurtries après deux jours de portage excessif (que Michel Poletti nous pardonne, mais nous étions une des équipes les plus chargées et la plus âgée, un comble !). L’après-midi nous verra, sous un soleil de plomb, franchir le Col des Chevaux.








Puis nous reprendrons notre route vers le col de la Terrasse en passant à 150 m des traces des dinosaures. Regret : ne pas avoir pris le temps de contempler ces empreintes vieilles de 200 millions d’années… pour gagner quelques minutes!

Le début de la descente du col s’avèrera beaucoup plus délicat que prévu. Nous ne trouvons pas la trace bien que la lumière du jour monte. Mais la lucidité, elle, commence à baisser. Marco dévisse dès les premiers mètres, Patrick le rattrape de justesse en bondissant sur son sac à dos pour le plaquer à la paroi. Enorme dépense d’énergie nerveuse, d’adrénaline et de crispation qui ralentissent. 






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